dimanche 16 septembre 2007

La trilogie républicaine (II) V.1



L'égalité


Nous abordons aujourd’hui le second volet du triptyque républicain : Liberté, Egalité, Fraternité.

Nous avions vu dans la première partie que le concept de liberté peut être séduisant car personne ne s’oppose vraiment à la liberté. Nous concevons parfaitement que l’homme soit et doit être libre au sens où il doit disposer de la liberté de ses actes, de ses choix par opposition à l’esclave qui est entièrement soumis à son maître et qui ne possède pas de personnalité propre.

Nous avons également vu que le triptyque joue avec les mots avec duplicité. La liberté des révolutionnaires de 1789 n’est sûrement pas celle que comprend généralement l’opinion publique, peu ou mal informée.

Il en va de même pour le concept d’égalité.

Je ferai tout d’abord deux remarques liminaires :

- Liberté et égalité s’excluent mutuellement car la liberté suppose d’agir en fonction de ses capacités. Or celles-ci varient d’un individu à un autre. Je suis désolé de devoir contredire les tenants de la pédagogie post soixante-huitarde mais nous n’avons pas tous le même quotient intellectuel et cela ne provient pas nécessairement du milieu familial. Des enfants issus de milieux peu cultivés ont pu réussir dans leur parcours scolaire alors qu’ils partaient avec un handicap lourd par rapport à leurs camarades nés dans des familles bourgeoises favorisées. A contrario, dans une famille cultivée de bon rang social les enfants de la fratrie n’auront pas tous la même capacité intellectuelle. Nous touchons ici à l’éternel débat entre l’inné et l’acquis mais une chose est certaine le quotient intellectuel des individus pose dès le départ une certaine inégalité de fait. Il en résulte le dilemme suivant : où je privilégie la liberté et je dispose de ma liberté d’action mais mes capacités supérieures me conduiront à dépasser les autres, ou a contraire je privilégie l’égalité et mon action sera nécessairement limitée. C’est d’ailleurs ce qui se produit dans l’enseignement scolaire ou l’égalitarisme imbécile et le refus de tout élitisme conduit à un dramatique abaissement du niveau général. Quel point commun entre le baccalauréat des années 50 et celui de nos jours, où par pure démagogie le pouvoir politique a arbitrairement décidé d’un taux de réussite de 80 %. Pourquoi y aurait-il dans la logique égalitaire 20 % de laissés pour compte ? Il y a là une incohérence, mais la politique aujourd’hui ne se préoccupe guère de cohérence quand le but est de plaire au plus grand nombre, élections obligent !

- Le second point se fonde sur un jeu de mots à partir du latin. Egalité vient de aequalitas. Equilibre se dit aequilibrium et cheval equus (équitation en français). Le latin utilise le terme equitabilis pour signifier ce qui est favorable aux chevauchées de la cavalerie. On ne peut qu’être troublé par la similitude de racine entre ces différents termes. Sans pouvoir l’affirmer avec certitude on peut supposer que ces mots proviennent d’une même racine aequ ou equ. Mais quel rapport me direz-vous entre un cheval et l’égalité républicaine ? Ceux qui pratiquent l’équitation, c'est-à-dire l’art de monter à cheval savent pertinemment que le sens de l’équilibre est important dans cette discipline si l’on ne veut pas tomber de sa selle toutes les dix minutes. Or l’équilibre c’est aussi l’égalité. Si je place sur les plateaux d’une balance deux objets et que ma balance affiche un parfait équilibre, je peux alors affirmer que les deux objets ont le même poids. En mathématiques quand deux valeurs sont identiques on dit qu’elles sont égales. Notons en passant que les objets que j’ai placés dans ma balance peuvent être deux objets différents, ceci est important car égalité ne signifie pas nécessairement identité.


Equitation, équitable, deux termes apparemment sans rapport sauf si l'on sait que tenir sur un cheval en toutes circonstances exige un grand sens de l'équilibre. Ici exercice de charge par les cavaliers de la garde républicaine.



Egalité et justice

L’idéologie républicaine précisément confond deux notions totalement différentes celle d’égalité et celle de justice. Cette confusion est d’ailleurs volontairement entretenue au nom de la duplicité sémantique qui permet de tromper tout le monde. En fait elle prône l’égalité là où il devrait y avoir justice. Nous retrouvons ici l’idée d’équilibre. La balance n’est-elle pas le symbole de la justice ?






Représentation de la déesse grecque Thémis. Symbole de la justice elle arbore le glaive et la balance.


Cette duplicité apparaît dès le début de la révolution.

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) pose dès l’article premier le principe de l’égalité des hommes dès leur naissance.

Article premier - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Cette égalité de droits est avant tout une égalité de droit. Or la DDHC précise aussitôt comme pour nuancer ce principe que les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Le terme bien commun aurait été plus approprié mais sa connotation thomiste donc catholique le disqualifiait aux yeux des membres de l’assemblée constituante.

Or il faut croire que les pères de la déclaration en rédigeant cet article premier ne visaient que les hommes au sens de vir latin (masculin) et non pas au sens homo (espèce humaine sans distinction de sexe). Lorsque les femmes demandèrent la qualité de citoyenne, la Convention les envoya proprement promener. Comme belle atteinte à la justice on ne pouvait faire mieux !

Quand la femme demande qu’elle soit, à activité professionnelle identique, rétribuée à égalité avec les hommes, il s’agit de justice. On ne voit pas pourquoi les femmes auraient un salaire de 30 % inférieur à celui des hommes.

Le drame c’est que le concept d’égalité a cheminé dans les esprits en faisant au passage de lourds dégâts. La où la justice devrait seule prévaloir, on réclame aujourd’hui l’identité parfaite et cela va beaucoup plus loin qu’on ne le pense car la nature même de l’être humain est remise en cause. Rappelons-nous l’image que j’évoquais plus haut, à savoir que deux objets peuvent avoir le même poids sans être pour autant identiques. Qu’y a t-il de commun entre une pomme de 200 grammes et un livre de même poids si ce n’est leur poids précisément ?

Les conséquences calamiteuses

L’égalité mal comprise vient se télescoper avec les effets pervers du système démocratique poussé à l’extrême qui conduit à satisfaire les revendications les plus folles parce qu’il va de la survie politique de l’élu, d’un parti et que cette survie est subordonnée au choix des urnes.

Baccalauréat pour 80 % des élèves, ce qui est, au demeurant, injuste pour les 20 % restants ! A quand les 100 % ?

Refus de la sélection en université. La réforme promise dans ce domaine par le candidat Sarkozy se transforme en mesurette dérisoire par le président Sarkozy, syndicats obligent, moyennant quoi le niveau de nos facultés continuera à s’effondrer et les têtes s’expatrieront à l’étranger pour décrocher les diplômes d’universités prestigieuses. Pendant ce temps nous continueront à produire à la pelle des diplômés en sociologie, en psychologie dont on a que faire tant les débouchés sont fermés, et qui iront alimenter les lourds bataillons de chômeurs de longue durée avant d’accepter, faute de mieux, un emploi sous qualifié.

Parité forcenée dans le monde politique, ce qui conduit les partis politiques à inscrire sur les listes électorales des femmes pas toujours volontaires afin de ne pas être pénalisés. Le critère de sélection des candidats n’est plus la compétence mais le sexe. Beaucoup d’hommes politiques, loin d’être misogynes, s’en plaignent en privé.

Refus de l’élitisme qui est hautement discriminatoire, ce qui conduit à tirer la société vers le bas, ce que l’on appelle communément le nivellement par le bas.

Négation forcenée de la différentiation sexuelle homme – femme. Je vous invite à lire à ce sujet le livre d’Elisabeth Badinter X Y ou l’identité masculine (Il existe dans la collection des livres de poche). Paru en 1992, il annonçait un courant de pensée qui se manifeste de plus en plus selon lequel l’homme et la femme sont identiques et que les critères physiques sont en fait des apparences trompeuses. La véritable identité masculine aurait été falsifiée par la société et ses modes d’éducation. La virilité en tant que critères de masculinité (force, courage, combativité, domination de soi) n’est en fait qu’un acquis culturel, tandis que l’homme vrai ne se distinguerait pas de la femme dont il est issu après les neuf mois de gestation utérine. Cette communauté de vie dans le sein de la mère alliée à la communauté charnelle de la mère allaitant son fils feraient que l’homme est une femme qui s’ignore. Je schématise mais à peine.

Après avoir rappelé que les femmes ont compris ( ?) l’essence de la véritable identité de l’être humain, Elisabeth Badinter, en guise de conclusion, écrit ceci :

« Contrairement à la vielle histoire de la damnation d’Eve, Dieu s’est fait son complice. Non seulement il a enlevé le pouvoir procréateur à Adam pour le donner à sa compagne, mais du même coup, il a accordé aux femmes le privilège de naître d’un ventre du même sexe. Il leur a ainsi épargné tout un travail de différenciation et d’opposition qui marque de façon indélébile le destin masculin. Le père/mère peut atténuer les douleurs de la séparation et faciliter l’acquisition de l’identité masculine, il ne pourra jamais annuler les effets de la fusion originelle ».


Une fois achevée la lecture du livre de madame Badinter, l'homme masculin ne sait plus du tout s'il est homme ou femme. Par contre la femme demeure tout au long de la démonstration parfaitement femme même s'il s'agit d'une virago de la pire espèce.

Je reviendrai ultérieurement sur ce livre très symptomatique de la pensée moderne qui se complaît à brouiller tous les repères.
Je n’insisterai pas sur le travestissement grossier de la Genèse. La procréation (pour l’instant encore) se fait toujours à deux que je sache ! La damnation d’Eve est une nouveauté théologique. Adam et Eve furent chassés de l’Eden, encore que Dieu prit soin de les revêtir de tuniques de peau, montrant ainsi que si la sanction divine doit s’appliquer, le Père des cieux n’en n’est pas moins Père très aimant (Deus caritas est) et plein d’attention pour sa création.

Refermons cette parenthèse sur cette lecture de la Bible dont je laisse volontiers la paternité…pardon, la maternité à Elisabeth Badinter. Nous voyons se conjuguer dans la négation de la dualité homme – femme l’application du principe d’égalité qui va jusqu’à nier le réel. A cet égard nous baignons une fois de plus dans la philosophie idéaliste. Ne nous en étonnons pas. La révolution est née des « Lumières » et notre société reconstruit l’homme au gré de ses passions et de ses pulsions au mépris de l’ordre naturel voulu par le Créateur. Au moins, nous savons à quoi nous attendre et nous ne serons pas surpris des résultats nés d’une pensée totalement déconnectée du réel. Prions le Ciel que le prix à en payer ne soit pas trop lourd !

jeudi 13 septembre 2007

Education of our children


The most important responsibility of parents is obviously education of their children. As you know this site aims at participating to restoration of a genuine christian society in France. We have to consider that everyone has a part of this duty to achieve, everywhere he is, with his own capabilities even if they are poor.

We have to follow Jesus Christ who teached us His message of peace, brotherhood and goodness as said pope Benedict XVI in his apostolic letter "Motu proprio" Totius Orbis. This is the message that we have to give to our children.


But since the french revolution of 1789 which mainly planned a total destruction of catholicism, France has been threatened of death. Today the danger has drastically grown up. After two centuries the christian values which founded Europe have been cancelled. Current Europe has become a land of business and profits in which there is no place for God. We must restore Europe of faith with its monasteries, cathedrals, churches and mainly the spirit of the Gospel, which is Europe of saint Benedict of Nurcia who was the father of benedictine Order but also was proclaimed Father of Europe by the Church.


Ignoring the education of our sons and daughters would be a wrong attitude. However, many parents consider that education of children is a part of government responsibilities. It is absolutely not acceptable. Education must not be the job of states but must actually remain the absolute responsibility of every father and every mother. Specially, as catholics we must breed our children according to the magisterium of the Church. French catholics perfectly know that school programs have been set up to fight catholicism. These programs inoculate a high toxic poison in spirits.


But, how can we do for our children? While we are spending much energy to give a christian education to our children, the world destroys our work. Television, books, newspapers, movies, classmates sometimes, and the way of life in western countries cause disturbances in the mind of youth. They are involved in the world of culture of death as often said pope John Paul II. However, we cannot keep our children in a kind of "waterproof" box, isolated from our world because this world would be considered as highly dangerous. Such a medicine would be the worst thing we have to do. Not only we should not prepare our children to cope with the society (Life is a fight!) but children would be weakened. Some catholic families put curtains on windows of back seats of their vehicle to protect their children from ads panels with nudity or erotic pictures in streets. And what about the temptation of the forbidden fruit if we only educate our children with interdictions?



The best response is to provide a sane education, a culture of life, within catholic schools but in France few of them are actually catholic schools. Most of them accept non-catholic pupils or students and signed up contract with government to receive public founds. But according this contract they must apply the same programs
as public schools (under control of ministry of education) and their teachers and professors must follow identical training as their colleagues of public education.



You can easily know what happened. Today, the result of such a policy is catholic schools under contracts have lost their catholic identity. The word catholic has become a nonsense, a vacuum concept.



Fortunately few of catholic schools provide a good education. Generally, they belong to Traditionalist trend. That means the crisis inside catholic Church cannot be reduced to a simple fight for the latin mass. This is an other debate we cannot face today because it is not the topic of this page and raises up many questions about some aspects of Council Vatican II. That point could be a study for next weeks in this site.


Priest in a catholic school


The major problem is we have very few catholic schools and they are expensive for parents because these schools do not receive public founds as I said upper to remain totally free.


This site is not a forum but you can give your own comments about education. Let me know your point of view. We can share our experiences in a full spirit of christian brotherhood and give each others advises.


But, first of all, we have to pray the Virgin Mary, Mother amidst mothers, that she may give us the light and the strength to successfully achieve our duty of parents for the souls of our children.

L'educazione dei nostri figli

Cari amici d'Italia,


Come voi lo sapete questo sito che ho aperto qui due mesi fa vuole essere un luogo in cui le idee sviluppate per la difesa della nostra identità e della morale cristiana sono in piena communione colla nostra Santa Chiesa cattolica.


Per mè, il sito mi offre la possibilità di una profonda riflessione con tutti voi sui mezzi di combattere contro cio chè l'amato papa Giovanni Paolo II chiamava la cultura di morte dell' Europa.


Dalla rivoluzione francese di 1789 il mio paese ma anche tutta l'Europa cristiana si trova in un grave pericolo perchè abbiamo vissuto due secoli di distruzione dei valori fondamentali. Forse questo pericolo non ha la medesima acuità per ogni paese. Mi pare che il rischio, oggi, non sia cosi importante in Italia come in Francia, ma posso sbagliarmi su questo punto. In particolare la Chiesa cattolica, e sopratutto la CEI, si dimostra pui vigile chè quella di Francia, probabilmente grazia alla presenza del Santo Padre ma anche perché l'Italia ha conservato una fortissima identità.

Pero (scusi per l'accento ma la tastiera francese non include la lettera "o" con l'accento), la filosofia moderna continua la sua opera scalzando i valori e sopratutto quelli della famiglia.
Dunque, oggi, vorrei aprire una nuova pagina per une riflessione sull'educazione dei nostri bambini, dei nostri figli, maschili e femmine. Sono tutti immersi in un mondo che ha rifiutato il messaggio che ci ha portato il Christo.

Mentre la famiglia cerca a dare un educazione secondo la morale cristiana, il mondo distrugge il fragile lavoro dei genitori. La televisione, il modo di vita, talvolta i compagni di scuola sono agressioni e l'educazione cristiana data dai genitori viene minacciata a causa dell'ambiente.


Pero, invece, non possiamo mettere i nostri figli in una sfera ermetica, separata dal mondo per proteggerle. La medicina potrebbe essere peggiore del male. Dobbiamo dare ai figli i valori con un spirito forte per affrontare il mondo.


In Francia esistono scuole cattoliche ma pochi sono davvero cattoliche perché molte scuole hanno concluso un contratto con lo stato francese per ottenere sovvenzioni. Ma secondo questo contratto le scuole devono seguire il stesso programma che quello delle scuole pubbliche e la stessa formazione professionale dei professori dal educazione nazionale. L'ovvia conseguenza è che queste scuole hanno perso la loro identità cattolica che è diventata vuota di significazione. Molti alunni vengono da famiglie che non praticano la religione cattolica ma, oggi, possiamo vedere nelle cosidette scuole cattoliche ragazzi o ragazze che appartengono ad altri religioni.


Allora, vorrei sapere come si puo mantenere una stretta educazione cattolica in Italia, quale sono le vostre soluzioni a questa difficoltà. Vi ringrazio per le vostre risposte a questa domanda e preghiamo la Vergine Maria, Madre per eccellenza, d'aiutarci e di guidarci nella nostra bellissima ma tanta difficile carica di genitori.


Nota bene : Grazie a tutti di corrigere gli errori di grammatica o d'ortografia, anche le espressioni che non "suonano" italiano.

mardi 11 septembre 2007

La trilogie républicaine (I) V.1



Liberté, Egalité, Fraternité.


Sous ce triptyque à l'allure généreuse se cache en fait les pires poisons qui conduisent à la destruction de notre culture et de notre civilisation. C'est pourquoi il est intéressant d'analyser chacun de ces termes pour en connaître leur duplicité. Le drame lorsque nous parlons de liberté, pour ne citer que le premier terme, tient à ce que chacun lui donne une signification qui lui est personnelle. Or la liberté d'un républicain, laïciste n'a rien à voir avec celle que l'Eglise nous enseigne et nous propose.


Aujourd'hui nous limiterons notre étude au premier terme, en nous réservant une étude sur chacun des deux autres pour les jours prochains.

La liberté se présente sous deux visages.

Voyons d'abord celui que nous propose la déclaration des droits de l'homme et du citoyen :

Article 4 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.


On observera de prime abord que la définition est négative: faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Il est courant de voir que bon nombre de définitions sont construites sur une négation. Or la négation est avant tout négation de toute réalité en même temps qu'elle ne définit pas cette même réalité. Elle peut aboutir à des paradoxes absurdes. J'en citerai deux, produits de l''esprit révolutionnaire:

- Pas de liberté pour les ennemis de la liberté (révolution française)

- Il est interdit d'interdire (mai 1968)


Le premier slogan joue sur les mots car les ennemis de la liberté s'opposaient à la liberté révolutionnaire qui n'avait rien à voir avec la véritable liberté. Nous sommes en face de deux concepts de la liberté diamétralement opposés. Celle des révolutionnaires qui expulsaient les religieux et religieuses de leur monastère en leur signifiant qu'ils étaient désormais libres. Or, la liberté des religieux était précisément de s'enfermer à l'intérieur de la clôture monastique pour se consacrer totalement à Dieu.


Le slogan de mai 1968 atteint le comble du paradoxe en posant comme principe fondamental de la vie en société ce que ce même slogan interdit. Certains y ont vu un trait d'esprit. Il n'en n'est rien! Ce slogan constituait une revendication fondamentale des néo-révolutionnaires bourgeois, revendication qui d'ailleurs est aujourd'hui largement appliquée. Il est la marque essentielle au sens de l'être (esse = être) de l'esprit révolutionnaire qui n'est pas à une contradiction près. L'esprit révolutionnaire pose des grands principes afin d'émanciper les peuples supposés asservis. Or, jamais les peuples n'ont été autant oppressés que sous les régimes révolutionnaires qui prétendent agir pour leur bien. Les exemples foisonnent: la Russie de Lénine et Staline, les pays du bloc de l'est sous "liberté" surveillée derrière le rideau de fer, la Chine maoïste, Cuba et son "lider massimo", le Vietnam d'Ho Chi Min, les Khmers rouges, l'actuelle Corée du nord et bon nombre d'états africains. Nous sommes en droit de nous poser la question de la nature de l'esprit révolutionnaire qui répand le sang dès que ses zélés serviteurs s'emparent du pouvoir.




Lénine, révolutionnaire qui mit en pratique la pensée marxiste de 1917 à 1924, date de sa mort. "Notre moralité est entièrement subordonnée aux intérêts de la lutte des classes", disait-il.



La réponse est contenue dans l'encyclique Divini Redemptoris du 19 mars 1937:

" Vénérables Frères, voilà le nouvel Evangile que le communisme bolchevique et athée prétend annoncer au monde, comme un message de salut et de rédemption ! Système rempli d'erreurs et de sophismes, opposé à la raison comme à la révélation divine: doctrine subversive de l'ordre social puisqu'elle en détruit les fondements mêmes, système qui méconnaît la véritable origine, la nature et la fin de l'Etat, ainsi que les droits de la personne humaine, sa dignité et sa liberté."


Le système nazi ne faisait pas mieux dans le registre du cynisme. Arbeit macht Frei - le travail rend libre - telle était la devise que les déportés pouvaient lire à l'entrée des camps de concentration. En France en particulier, il est de bon ton de pousser des cris d'orfraie quand on évoque la période nazie mais dans le même temps on affiche une certaine complaisance vis à vis du communisme. Perversion de la pensée, car les deux systèmes ne s'opposent qu'en apparence. Ils sont en fait très voisins en se fondant sur le culte de l'homme sans Dieu. Ils se nourrissent d'idéologies contraires à la loi naturelle.



Il est, soit dit en passant, consternant d'observer que dans l'épiscopat français certains évêques affichent une certaine sympathie à l'égard des communistes. Cela montre leur totale ignorance sur la réalité du communisme, du moins faut-il l'espérer.



Inscrite sur le fronton de l'entrée du camp d'Auschwitz la devise "Arbeit macht frei". Il est curieux de noter que le travail devient dans les deux systèmes totalitaristes, nazisme et marxisme, un moyen privilégié pour la mise en application de l'idéologie. Nous ferons une étude approfondie sur ce point dans un article ultérieur consacré au communisme.


Le propre des idéologies marxiste et nazie est de rejeter la vérité objective. Sans entrer dans un cours de philosophie et pour simplifier disons qu'il existe une vérité naturelle. C'est elle qui nous permet de déterminer ce qui est bon ou mauvais. Je n'ai pas besoin de me lancer dans de grandes théories pour savoir que voler le bien d'autrui est un acte mauvais. Ainsi, la pensée est soumise à la vérité qui ne dépend pas de l'homme, autrement dit la pensée est soumise à l'objet. Les philosophies idéalistes renversent cet ordonnancement. C'est la pensée de l'homme qui fixe les lois sans tenir compte de la réalité objective. C'est ce qu'on appelle l'idéalisme.




Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770 - 1831). Sa philosophie pose l'idée comme un absolu coupé de toute réalité. Il est à la source des deux totalitarismes, le nazisme et le marxisme qui reprendra à son compte l'idéalisme pur en le plaquant sur le matérialisme dialectique. Nous expliquerons ce paradoxe qui n'est qu'apparent mais qui révèle la nature intrinséquement perverse de l'idéalisme pour reprendre l'expression du pape Pie XI.

Or la pensée de gauche en France se nourrit de la pensée révolutionnaire. Il suffit de voir le nombre de candidats se réclamant de l'extrême gauche qui se sont présentés au premier tour des dernières élections présidentielles.


C'est à partir de ce même idéalisme que le président Jacques Chirac a pu dire que la loi civile n'avait pas à être subordonnée à la loi morale. Ce propos ahurissant est le fruit même de ce refus du réel comme objet auquel la pensée doit être soumise. C'est le péché d'orgueil, c'est le péché originel de l'homme qui se fait Dieu sans Dieu.



La liberté républicaine n'est ni plus ni moins que cette volonté à s'affranchir de la vérité qui aboutit à la permissivité puisque seul l'homme fixe les normes.

La liberté en Dieu est tout autre.


Cette liberté s'oppose au déterminisme ou au fatalisme. Autrement dit, nous sommes libres de nos actes. Dieu nous crée en nous laissant notre liberté, notamment celle de choisir entre le bien et le mal. Notons en passant que la définition de la liberté dans la DDH de 1789 ne parle pas du bien. Elle ne fait référence qu'aux bornes fixées par la loi. Or sans cesse nous reculons ces bornes ce qui ouvre largement le champ aux idées les plus pernicieuses.


Ainsi nous nous créons des droits nouveaux. Le droit à l'avortement est un exemple flagrant car il montre à quel point la pensée moderne est viciée. Les féministes ont revendiqué le droit à l'avortement en s'appuyant sur ce principe sorti d'on ne sait où qui veut que la femme dispose de son propre corps. Cette affirmation est un pur produit de l'idéalisme qui s'affranchit du réel objectif.
La liberté présuppose la vérité. Le pape Jean Paul II dans l'encyclique Veritatis splendor de 1993 montre que la crise que connaît aujourd'hui le monde au sujet de la vérité tient à la perte de l'idée d'une vérité universelle quant au Bien connaissable par la raison humaine. On aboutit nécessairement à une vérité subjective fondée sur le caractère de sincérité avec soi-même. Oui, mais on peut être sincère avec soi-même et se tromper gravement. Nous ne pouvons trouver la vérité extérieure à nous qu'en nous soumettant au réel objectif. Le pape précise que "l'autonomie de la raison ne peut pas signifier la création des valeurs et des normes morales par la raison elle-même."

La liberté est donc nécessairement indissociable de la vérité.

Ego sum via et veritas et vita dit Jésus-Christ à Thomas (Jean XIV, 6). Le Christ lie les trois mots le chemin, la vérité et la vie comme indissociables pour parvenir à la vraie vie qui n'a que faire de théories fumeuses et mortifères. Nul ne peut avoir la vie sans suivre le chemin de Jésus qui est un chemin de vérité.

Plus encore la vérité enseignée par le Christ est source de liberté. Toujours selon saint Jean, c'est encore le Christ qui dit aux Juifs qui croyaient en lui : "Si vous demeurez dans l'observation de ma parole vous serez véritablement mes disciples et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres."

Or le slogan des pro-avortements s'affranchit gravement de la vérité sur deux points:


1 - Tout d'abord ce principe est absurde en soi. Nous ne sommes, pas plus les hommes que les femmes, maîtres de notre corps. Nous n'en sommes que les usufruitiers, chargés d'en avoir bon usage. La maladie peut en disposer à nos dépens, la mort nous l'enlève.


2 - Plus grave encore, ce principe se fonde sur un mensonge car en l'occurrence le droit à l'avortement ne consiste pas pour la femme à disposer de son corps mais à disposer de celui d'un être distinct de son corps mais dont elle a reçu la garde momentanément avec pour mission insigne de le conduire à la vie extra-utérine.


Par contre, ce qui est bien réalité c'est la suppression de la vie in utero, suppression d'une vie humaine masquée artificiellement par la qualification technocratique d'IVG.

A cette liberté de transformer, par orgueil, par égoïsme le monde qui nous a été donné pour le façonner à la mesure de nos idées les plus folles, je préfère, pour ma part, rechercher la difficile perfection en Dieu, avec sa grâce et dans la liberté qu'il nous a donnée et qui nous confère notre dignité en Lui.


J'ajouterai pour conclure que l'on doit se garder de tout amalgame. Notre république est détestable parce qu'elle se fonde sur une idéologie erronée. Ceci étant la république peut être une forme de gouvernement si elle se conforme aux valeurs naturelles. La république est un système politique neutre comme la monarchie qui ne vaut que par ce que valent les hommes. Le rejet de la trilogie n'est donc pas nécessairement le rejet de la république, mais de la république laïque telle que les esprits modernes l'ont créée.

Le feuilleton de la dette publique

Le dernier épisode de notre feuilleton sur la dette publique (voir mon article du 30 août dernier) indiquait qu'elle s'élevait à 18 411 € per capita.
Pour la joie de tous je suis heureux de vous annoncer que 12 jours plus tard elle s'élève à :
18 430 €
soit une augmentation de 19 euros en une semaine et demie!

Nous suivrons l'évolution de la dette en effectuant des pointages réguliers. Cela nous permettra de savoir si la courbe de progression s'infléchira (nous n'en prenons pas le chemin) ou si, au contraire, elle s'accentuera.
Notre économie repose sur des piliers de carton pâte. Elle s'appuie sur des mécanismes falsifiés qui ne peuvent durer éternellement. Un déficit qui s'accroît de jour en jour, un système de cotation boursière qui est une vaste entreprise de spéculation financière détournant l'argent qui devrait servir à l'investissement économique et à la juste rémunération des salaires, un univers publicitaire qui brasse des milliards sans ajouter la moindre plus-value aux produits vantés, voilà les fondements de notre économie. De tels agissements, si nous nous comportions individuellement de la sorte, nous conduiraient directement devant les tribunaux pour chèques sans provision, fraude fiscale, détournement de fonds, abus de confiance etc...


La moralisation de notre économie n'est hélas sûrement pas pour demain, sachons le bien!

lundi 10 septembre 2007

L'éducation de nos enfants


Nous avons en France, grâce à la générosité de nos gouvernants républicains, un ministère de l'éducation nationale pour prendre en charge la formation de nos chers enfants et ainsi soulager de la lourde charge qui pèse sur nos frêles épaules de parents. Merci donc à la République si attentive à l'épanouissement culturel de notre jeunesse!


Les origines de notre système d'éducation

Mais hélas, nous sommes à des années-lumière de cette vision généreuse et altruiste. Notre éducation nationale qui a fait depuis la seconde moitié du XXème siècle l'objet de tant de réformes et que naguère le ministre de tutelle de l'époque qualifiait de mammouth nous montre le visage de son incapacité et de sa perversité. Idéologiquement très marquée à gauche, incapable de penser le bien des enfants qu'elle a la charge de former, elle est devenue une gigantesque machine à produire des analphabètes et des esprits conditionnés voire anesthésiés. Si le pape saint Pie X qualifiait le modernisme d'égout collecteur de toutes les hérésies, nous pouvons tout autant attribuer à l'enseignement public ce même qualificatif tant il est le déversoir de toutes les utopies soixante-huitardes et idéologies marxisantes. J'ajouterai qu'il est aussi la source de bien des maux dont souffre notre pays aujourd'hui.



Il est donc bien évident qu'envoyer nos enfants dans les écoles, collèges et lycées publics est devenu pure folie si on tient à leur donner une véritable formation, mens sana in corpore sano, selon l'adage latin.



Le premier devoir qu'un père et une mère doivent retenir est que l'éducation de leurs enfants leur appartient et non à l'Etat. C'est un devoir, c'est même Le Devoir de tout père, de toute mère. En s'attribuant le rôle d'éducateur, l'Etat se pose en usurpateur et nous dépossède de ce droit connaturel à notre état de père et de mère. Tout au plus la société peut, selon le principe de subsidiarité, prendre en charge la formation de nos enfants quand il y a défaillance grave des parents ou plus simplement parce que nous ne sommes pas qualifiés pour leur donner une formation complète dans toutes les disciplines. Il n'en demeure pas moins que le choix de l'établissement et du programme doivent être librement déterminés et non imposés par l'Etat.







Expulsion des Chartreux le 29 avril 1903. Ordre contemplatif par excellence, les chartreux furent chassés lors de la vague anti-catholique de la même année qui vit plus de 400 congrégations religieuses, enseignantes ou non, interdites par l'Etat.





Son républicanisme n'a d'égal que sa haine du catholicisme. Il fit voter les lois qui permirent de dissoudre 300 congrégations religieuses et de légaliser le travail le dimanche et les jours de fêtes catholiques. Il est présenté dans les manuels scolaires comme un humaniste, père de l'enseignement dispensé à tous, alors qu'il n' a eu de cesse que d'éradiquer le catholicisme par tous les moyens, notamment en instituant un enseignement laïc obligatoire.



Je vous renvoie sur les persécutions subies par l'Eglise de France sous la IIIème république visant à lui interdire la possibilité d'enseigner. La loi du 7 juillet 1904 qui interdit l'enseignement à tous les religieux et fait fermer 2 500 écoles catholiques est précédée de mesures contraignantes et coercitives. Dès 1902, 3 000 écoles sont fermées et en 1903 400 congrégations religieuses sont interdites. La loi de 1904 n'est que l'aboutissement d'un acharnement anti-catholique forcené entrepris dès 1789 et repris avec force sous la IIIème république. Je vous invite à lire l'excellent ouvrage de Jean Sevillia, édité chez Perrin dans la collection Tempus et qui s'intitule "Quand les catholiques étaient hors la loi" (prix 2006 : 9 €).





Pur produit de l'enseignement d'aujourd'hui et de sa pensée



L'enseignement catholique aujourd'hui



En 1959, la loi Debré (notons en passant qu'il s'agit d'un gouvernement de "droite") permet aux établissements privés de bénéficier d'un financement public à condition de se conformer aux programmes fixés par le ministère de l'Education nationale et de recruter des enseignants formés selon les critères du même ministère. La grande majorité des écoles catholiques va s'engouffrer dans ce dispositif sans en mesurer les conséquences pourtant prévisibles.





Monseigneur Cattenoz, archevêque d'Avignon, un des rares membres de l'épiscopat français à s'être prononcé pour un retour à une identité catholique nette dans l'enseignement libre


Aujourd'hui la quasi totalité des écoles dites catholiques se sont laïcisées, au sens où elles affichent une neutralité confessionnelle d'autant plus nécessaire qu'elles accueillent des élèves quelle que soit leur religion d'appartenance, pratiquée ou non. La majorité provient de familles catholiques qui ne pratiquent pas. L'aspect confessionnel est d'autant plus occulté que le discours officiel de l'enseignement catholique se fonde sur la tolérance religieuse pour accueillir les non-catholiques. Voici une retombée bien française de l'esprit Vatican II. On peut désormais se demander ce qu'il reste de catholique dans ces écoles. Je réponds : rien!



Les programmes sont ceux de la grande soeur publique avec tout ce que cela comporte de désinformation, de falsification de l'histoire d'appauvrissement de la pensée et de nivellement par le bas. Seules demeurent une certaine discipline (et encore) et une qualité d'enseignement grâce à certains maîtres ou professeurs de haute conscience professionnelle.



Les vraies écoles catholiques



Que reste t-il alors si l'on tient à tout prix à donner une formation solide et parfaitement catholique? Quelques écoles existent mais elles sont peu nombreuses ce qui limite les places disponibles et oblige le plus souvent les parents à placer leurs enfants en internat compte tenu de l'éloignement. Second inconvénient et non des moindres, le coût. Ces écoles se sont placées en dehors du système imposé par l'Education nationale. Elles ne bénéficient donc d'aucune subvention et doivent répercuter sur le prix de la pension tout leur coût de fonctionnement. En contrepartie, la pédagogie et le contenu répondent donc parfaitement aux exigences de la morale catholique. La qualité est telle que ces établissements connaissent un fort pourcentage de réussite au baccalauréat et les jeunes gens ou jeunes filles qui en sont issus disposent d'une solide formation qui leur permet d'aborder l'enseignement supérieur avec confiance.




Point n'est besoin de longs commentaires pour savoir que nous sommes ici dans une école catholique, la soutane en est le signe visible et réconfortant.


Inutile de dire que la plupart de ces écoles appartiennent à des congrégations traditionalistes. La fraternité sacerdotale saint Pie X en gère directement de nombreuses. Il existe aussi des écoles relevant des dominicaines enseignantes. D'autres encore sont tenues par des laïcs au sens strict, c'est à dire des personnes catholiques non religieuses. Ces écoles font appel pour la vie spirituelle et la formation religieuse à des prêtres traditionalistes.



D'autres solutions existent, notamment la prise en charge des enfants par un groupe de parents qui assurent eux-mêmes les cours. Cette formule peut convenir pour l'enseignement primaire mais devient difficilement applicable dans le secondaire en particulier pour le second cycle à partir de la seconde en raison de la complexité et de la spécialisation des programmes. Nous ne sommes pas tous qualifiés à enseigner les mathématiques, la philosophie ou les sciences physiques. D'autre part, ce mode d'enseignement en vase clos ne permet pas de socialiser les enfants qui restent coupés des autres.


Beaucoup de parents, compte tenu de ces contraintes géographiques et financières inscrivent donc leurs enfants dans les écoles catholiques sous contrat, ce qui est loin d'être satisfaisant comme nous venons de le voir.



C'est pouquoi, je propose ici un échange d'idées entre parents afin que chacun puisse faire partager ses expériences, donner des indications utiles pour l'information de tous. La solidarité entre catholiques ne doit pas être un vain mot surtout quand l'avenir de nos enfants est en jeu.



Enfin, confions nos prières à Marie, mère de toutes les mères, notre mère à tous, qui saura mieux que quiconque nous guider dans notre vie de parents.

samedi 1 septembre 2007

Summorum Pontificum (II)

Dans deux semaines entrera en vigueur le motu proprio Summorum Pontificum de Sa Sainteté le pape Benoît XVI, publié le 7 juillet dernier.



Tous les fidèles attachés au rite liturgique d'avant 1962 espèrent une généreuse application en France mais sont échaudés par le peu de cas que l'épiscopat , en son temps, réserva à la lettre apostolique sous forme de motu proprio de Jean Paul II, Ecclesia Dei addflicta, publié en 1988 à la suite de la consécration épiscopale sans mandat pontifical de quatre prêtres de la fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

La lettre apostolique disait ceci (cf Lettre apostolique Ecclesia Dei § 6, alinéa c) :


On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse (1) des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l'usage du missel romain selon l'édition typique de 1962. (2)



On a vu en pratique ce qu'il en a été de l'application large et généreuse dans l'Eglise de France! Cela se passe de tout commentaire, ce qui m'évitera d'être désobligeant vis à vis de nombreux évêques.



Je vous invite à lire le dernier numéro de l'Homme nouveau, journal authentiquement catholique, qui est remarquable dans ses analyses grâce, je le crois, à la rectitude doctrinale de l'équipe de rédaction. Ceci lui permet d'éviter les querelles, parfois sordides, il faut bien le dire, entre catholiques traditionalistes et catholiques "conciliaires", sans compter les querelles non moins lamentables entre les "lefebvristes" (comme si Mgr Lefebvre était à l'origine d'une nouvelle théologie ecclésiale) et les catholiques Ecclesia Dei. J'ai vécu cette période d'après 1988 de façon douloureuse, témoin direct ou indirect de tant de faits avérés qui répugnent à la charité chrétienne la plus élémentaire. En écrivant ceci, je ne tombe pas dans un angélisme naïf. Je sais que derrière ces querelles se cache un enjeu doctrinal grave qu'il ne faut pas occulter, faute de quoi l'Eglise toute entière se trouverait en situation périlleuse. Il n'en demeure pas moins que la disputatio doctrinale a été, hélas, souvent ravalée à des arguments ad hominem peu glorieux et à des attitudes blessantes les uns vis à vis des autres. Il est resté, cependant des hommes et des femmes d'Eglise, possédant un sensus ecclesiae particulièrement élevé, pour garder raison et replacer le débat, voire le combat, à sa véritable place.













A gauche, le cardinal Ratzinger lors d'une messe célébrée selon le rite tridentin ou forme extraordinaire désormais.





Forma ordinaria et forma extraordinaria



Le motu proprio est un texte précis et remarquable. Benoît XVI n'est pas homme à confondre vitesse et précipitation. En rappelant que la liturgie romaine ne comporte pas deux rites mais un seul, avec deux formes : la forme ordinaire (messe de Paul VI) et la forme extraordinaire (messe tridentine), le pape ne s'est pas livré à un tour de passe passe pour se sortir d'une situation conflictuelle qui dure depuis près de 40 ans. La formulation est le fruit d'une longue maturation et nul doute des grâces d'état dispensées avec l'aide de l'Esprit Saint.


L'abbé Chanut, dans le dossier que l'Homme nouveau consacre au motu proprio parle très justement d'un renversement de perspective. Jusqu'alors, tenants et adversaires de la messe de saint Pie V s'opposaient, les premiers parlant d'une messe quasi hérétique, construite de toute pièces, les seconds affirmant de façon péremptoire que l'ancienne messe était abrogée. Les évêques se fondaient sur l'impossibilité de pratiquer au sein d'un même diocèse un biritualisme contraire au caractère unitaire (unam ecclesiam dit le Credo) et universel de l'Eglise. Argument que l'on pourra qualifier de léger quand on sait que l'on pratiquait, de fait, un multiritualisme rendant illusoire la notion même d'unicité de rite autour d'une messe de Paul VI, d'ailleurs, peu appliquée dans les normes définies par le Saint Siège.




Messe célébrée dans la forme ordinaire lors d'une assemblée plénière de la conférence des évêques de France


Les formes ordinaire et extraordinaire d'un seul et même rite conduiront à terme probablement à une certaine interpénétration. Il faut espérer que la forma extraordinaria tirera vers le haut la forma ordinaria qui présente de nombreuses faiblesses théologiques.


J'en veux pour preuve la prière de l'Offertoire:





Ce qui donne en français cette très belle traduction:



Recevez Père saint, Dieu éternel et tout puissant, cette offrande sans tache que moi, votre indigne serviteur, je vous présente à vous, mon Dieu vivant et vrai, pour mes péchés, offenses et négligences sans nombre, pour tous ceux qui m'entourent ainsi que pour tous les fidèles vivants et morts: qu'elle serve à mon salut et au leur pour la vie éternelle. Amen.



Quelle richesse dans cette prière! Elle est d'une densité incomparable. Tout l'essentiel de la messe, au sens philosophique du terme esse (l'être) s'y trouve rassemblé. Encore que le français ne rend pas compte du latin Hostiam qui signifie victime expiatoire et non pas simplement offrande. Cette prière de l'Offertoire nous montre que la messe est bien un sacrifice, le sacrifice de l'agneau immaculé (immaculatam hostiam), de sa nature propitiatoire, c'est à dire agréable à Dieu en réparation de nos péchés. Il est offert pour tous, universellement dans le temps et dans l'espace. Dans le temps pour les fidèles vivants et morts (vivis atque defunctis), dans l'espace pour ceux qui m'entourent (omnibus circumstantibus) et pour tous les autres (omnibus fidelibus).



Lorsqu'on compare cette prière avec celle de la forme ordinaire, nous sommes frappés par la différence. Jugez vous-mêmes.



Tu es béni Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes; nous te le présentons: il deviendra le pain de vie.



Quelles belles ambiguïtés dans la formulation! Rien n'est faux quand on récite cette prière dans un sens catholique mais encore faut-il que chaque prêtre, chaque fidèle y mette un sens pleinement catholique qui n'est en aucune façon explicitement signifié. Ce qui revient à dire que chacun peut interpréter à sa façon le sens des paroles, y compris dans un sens très naturaliste.



Oui, Dieu est le Dieu de l'univers au sens où il est factorem coeli et terrae, créateur du ciel et de la terre mais cette affirmation sonne mal aux oreilles d'un catholique. Elle aurait pour un peu une connotation maçonnique voire animiste.

Oui, l'hostie est le pain de vie, le pain de la vie éternelle mais ce n'est pas dit. Il deviendra le pain de vie ne laisse en rien sous-entendre que par le mystère de la transsubstantation il deviendra Corpus Christi tandis que l'Hostiam nous prépare à entrer dans le mystère de la Croix.

Le pain fruit de la terre et du travail des hommes. Fallait-il près de 2 000 années de christianisme pour aboutir à cette pauvre définition au ras de la terre? Vision très terre à terre et naturaliste qui ne rend pas compte de la destination future de ce pain appelé à être corps du Christ.

De même aucune évocation de la messe en tant que sacrifice ne figure. Toute référence à la victime sans tache, donc au Christ sur la Croix, a été gommée.

S'agit-il d'une offrande? Cela n'est même pas dit. Tout au plus parle t-on d'une présentation (nous te le présentons). Les rédacteurs de la messe nouvelle dans sa version française étaient suffisamment fins lettrés, du moins je le suppose, pour savoir que dans notre langue offrir et présenter n'ont rigoureusement pas le même sens pour nos contemporains.



Présenter, c'est montrer mais ne veut en aucun cas signifier offrir. "Venez, je vais vous présenter un magnifique tableau". Si je dis cela, je n'indique en rien à mon interlocuteur que je compte le lui offrir, à moins de lui faire la surprise après. Il est vrai cependant que le latin praesentare signifiait aussi offrir et que ce sens subsiste en français lorsqu'il s'agit d'offrir un présent. Mais là encore, nous nageons dans l'ambiguïté car le verbe présenter a perdu aujourd'hui le sens latin d'offrir et personne ne comprend offrir quand il s'agit de présenter.

Lex orandi, lex credendi. Cet adage que nous avons déjà cité prend ici sa pleine signification. Quand la prière est claire, la foi en est illuminée et ne s'égare pas sur des chemins de perdition. La sola scriptura et le libre examen de la théologie protestante ont conduit à d'impressionnantes dérives, à en juger par la prolifération des sectes, notamment en Amérique du nord et en Amérique latine. Or, le texte que nous venons de voir ouvre la porte à toutes les libres interprétations. C'est bien là que se situe le danger de dérapage théologique.



C'est pourquoi l'Eglise par la voix de son chef, en reconnaissant un seul rite sous deux formes, ne pourra faire l'économie d'une clarification théologique sur certains points pour que les formae ordinaria et extraordinaria s'unissent harmonieusement.



De même, nous savons que les communautés monastiques, jeunes comme anciennes, qui célèbrent dans la forme ordinaire le font avec sacralité. Demandons donc par la prière, notamment, que cette dimension sacrale soit appliquée de la même manière dans les paroisses. C'est peut-être ce qui a fait le plus souvent défaut. La réception de l'hostie chez bon nombre de fidèles au moment de la sainte communion est en l'exemple souvent le plus pitoyable.



Quand la messe ordinaire sera rétablie dans sa pleine intégrité dans le fond comme dans la forme, je pense que les deux formes pourront coexister ut in omnia glorificetur Deus!

Nota


(1) Souligné par moi-même.

(2) Traduction française donnée par le Saint Siège.