mercredi 31 octobre 2007

L'Inquisition


Dans l'article précédent, j'avais délibérément mis de côté la question de l'Inquisition considérant qu'elle nécessitait un développement particulier qui aurait considérablement alourdi un article déjà long. Néanmoins, comme régulièrement la pensée servile nous ressert l'horrible Inquisition créée par l'Eglise, avec ses cachots, ses chaînes, ses tortures et, pour couronner le tout, ses bûchers, il me paraît indispensable de faire un retour en arrière et voir ce que fut réellement cette juridiction de l'Eglise.

François Vallançon, professeur de philosophie du droit à Paris II écrivait en 1995 dans la Nef que ce n'est pas tellement les excès que l'on reproche à l'Inquisition mais son principe même. Il ajoutait que l'on ne peut se contenter de répondre autres temps, autres mœurs, ce qui serait en soi un déni de justice historique et une imputation d'irrationalité.

On ne peut englober toute l'histoire de l'humanité dans un même sac et nier au temps un rôle éminent. On ne m'empêchera donc pas de penser qu'il est complètement anachronique de juger les pratiques des siècles passés à la lumière de la pensée moderne, tant les mentalités et les conditions de vie ont évolué. Je ne vois pas en quoi cela peut constituer un déni de justice et une imputation d'irrationalité. Je verrais même, a contrario, une irrationalité flagrante à juger nos ancêtres à l'aune de la pensée moderne.

Un prêtre, il y a quelques années, m'a dit un jour que le grand drame de notre société est de vivre dans le sentimentalisme. Cela l'empêche de poser les problèmes correctement et bien évidement, par voie de conséquence, notre société n'est plus en mesure d'apporter les bonnes réponses. Or, la société médiévale et je dirai même la société jusqu'au milieu du XXème siècle ne connaît pas le sentimentalisme, cette forme de sensibilité qui n'a rien à voir avec la charité au sens où l'entend l'Eglise (Caritas). Comment pourrait-elle tomber dans le sentimentalisme tant les conditions de vie sont rudes? On ne s'apitoie pas sur son sort, a fortiori, sur le sort de tous ceux qui mettent en péril la cohésion sociale.

Portons-nous aux XVIIème et XVIIIème siècles, plus précisément à la cour du Roi-Soleil, donc bien après l'époque médiévale. L'histoire reconnaît au roi Louis XIV 18 enfants - du moins officiellement - issus, soit de son mariage avec Marie-Thérèse, soit de ses liaisons adultérines.

Sur ces 18 enfants 10 mourront avant l'âge de 10 ans. Sur les 8 survivants 6 atteindront l'âge adulte, soit 1 sur 3. Or nous sommes dans un milieu ô combien favorisé et même si l'on se méfie de l'eau (on l'utilise modérément pour se laver car on craint qu'elle n'apporte des maladies), les conditions d'hygiène n'ont rien à voir avec la France d'en bas, pour parler comme Jean-Pierre Raffarin, c'est-à-dire la France paysanne, celle où l'on fait vie commune avec le bétail, excellent chauffage central en hiver.

Quand le roi se fait opérer d'une fistule anale en 1687, l'asepsie chirurgicale est parfaitement inconnue, quant à l'anesthésie on en reparlera deux siècles plus tard. Quand Dominique Larrey, chirurgien de la Grande Armée, ampute les blessés sur les champs de bataille napoléoniens, il n'est pas davantage question d'anesthésie. Mettons-nous un instant dans la peau de ces hommes et de ces femmes de l'époque et imaginons une extraction dentaire à vif. Je n'ose même pas parler d'une amputation sans anesthésie, je sens que certains lecteurs vont défaillir à cette simple évocation de la chirurgie d'antan. Je serai le premier à les comprendre car comme tous mes contemporains j'ai perdu le sens de la douleur.

Dominique Larrey chirurgien militaire de l'armée napoléonienne


Ne nous étonnons donc pas que, dans une société où la douleur ne peut être soulagée, où la mort rôde à tout instant (pas une famille n'est épargnée par la mort d'un ou plusieurs enfants), les mœurs soient particulièrement endurcis. C'est une simple question de survie psychique, faute de quoi l'homme aurait sombré dans la folie. Mon propre père, né en 1918, est issu d'une fratrie de sept enfants dans laquelle seulement trois survécurent et cela se passe au début du XXème siècle. Passez-moi l'expression, mais il fallait être rudement blindé pour faire face à des conditions de vie aussi rudes et qui dépassent notre entendement.


Les défenses immunitaires

Dans toute organisation biologique des micro-organismes sont chargés d'assurer la défense du corps vivant face aux éléments susceptibles de mettre la vie en danger. Les globules blancs ont reçu cette fonction dans notre organisme. La société est à l'unisson de l'individu. Elle doit pour vivre produire ses propres leucocytes. Dans une société qui n'a pas d'état d'âme, cela ne pose aucun problème. On élimine ceux que l'on considère comme nuisibles, les criminels comme ceux qui mettent en danger l'unité morale et spirituelle de la société. C'est pourquoi les déviants en tous genres sont lourdement sanctionnés. Les chrétiens furent les premiers à subir les effets de cette intransigeance. Refusant d'adorer l'empereur divinisé, ils mettaient en danger l'unité romaine et furent condamnés comme tels. Calvin, lui-même, aura recours au bûcher quand cela sera nécessaire pour la défense de la Réforme.

De nos jours, avec le principe de tolérance généralisée (pas tout à fait quand même) les anticorps de notre société moderne ne jouent plus, mais nous ne recourrons pas davantage aux médicaments. Tout au plus nous utilisons des placebos qui ne font pas illusion bien longtemps. Or un organisme sans défense immunitaire meurt rapidement. Une des conséquences cliniques de la mort est la désintégration du corps. Il se putréfie car toutes les défenses sont elles aussi mortes. Notre société semble bien en voie de putréfaction tant nos défenses naturelles sont inopérantes.

Nos ancêtres l'avaient bien compris. C'est pourquoi, à l'inverse de ce que nous faisons, la société de jadis produisait ses anticorps sans état d'âme et avec la rudesse des mœurs de l'époque. Dans l'univers de chrétienté que constituait le monde médiéval, l'Inquisition fut instituée pour combattre les hérésies. Cette institution, contraire au message évangélique du Christ, heurte notre conscience de chrétiens d'aujourd'hui mais elle est une institution de son temps qui s'inscrit totalement dans la société médiévale des oratores, bellatores et laboratores. Son existence s'intègre dans la mentalité de l'époque au même titre que les ordres militaires, inconcevables de nos jours. Imagine-t-on un instant des religieux vivant aujourd'hui dans l'observance d'une règle monastique ou canoniale, liés par des vœux à leur ordre au même titre que des bénédictins ou des cisterciens, mais fourbissant dans le même temps leurs armes de combat, entretenant leur chars Leclerc et se préparant au combat en vue de la prochaine mission d'intervention sous mandat de l'ONU? Or, c'est pourtant ce que furent les Templiers, moines et soldats à part entière.


Les ordres militaires médiévaux dont les Templiers, moines et soldats à la fois


Parler de l'Inquisition au singulier est une impropriété car nous n'avons pas affaire à une juridiction unique. Certes, l'Inquisition est une institution du Siège Apostolique mais elle est représenté par des délégués du Pape et fonctionne sur un mode très décentralisé. Les évêques doivent leur apporter aide au plan local. Disposant d'une large autonomie, les inquisiteurs agiront avec plus ou moins de rigueur selon leur tempérament. La volonté du pape Grégoire IX en fondant en 1231 par la constitution Excommunicamus l'Inquisitio hereticae pravitatis était de soustraire les personnes accusées d'hérésie à la juridiction laïque plus portée à condamner qu'à sauver. Mais c'est aussi pour le souverain pontife une volonté politique, à savoir ne pas laisser le pouvoir laïc empiéter dans le domaine de l'Eglise.

Contrairement à l'image qui en a été faite, l'Inquisition ne passa pas son temps à alimenter les bûchers en envoyant sur leurs fagots les individus convaincus d'hérésie. On considère à 400, selon les études les plus sérieuses, le nombre de condamnés à mort pendant les dix premières années du fonctionnement de l'Inquisition espagnole, la plus sévère qui fut. Selon certaines estimations les peines par le feu prononcées par l'Inquisition s'élèveraient à 2 % des jugements rendus.

Les tribunaux inquisitoriaux auront recours le plus souvent à des pratiques pénitentielles telles que le pèlerinage, la prise de croix. Les juges plus soucieux du salut des âmes ne condamneront au bûcher que les cas avérés d'hérésie et les relaps. Est appelé relaps (du latin relapsus, retombé) celui qui après avoir renoncé à son hérésie retombe dans la faute. Il y une trahison de la parole qui montre que l'individu persiste dans l'erreur et donc ne peut s'amender. Pour le maintien de l'unité sociale il n'existe donc plus d'autre solution alors que d'éliminer celui qui met cette unité en danger.

Scène de l'Inquisition d'après u tableau du XIXème siècle. Confrontation entre le franciscain Bernard Délicieux et le tribunal.

Néanmoins, au fil du temps, les inquisiteurs, loin de Rome, furent soumis aux pressions du pouvoir politique; un exemple parlant est celui du procès des Templiers en France, voulu par Philippe le Bel. On observera ailleurs en Europe les mêmes dérives aux XIVème et XVème siècles. Toutefois, on reste bien loin du prétendu bain de sang et des 100 000 victimes attribuées à Torquemada. La vérité exige aussi que l'on rectifie le portrait fait de cet homme qui ne fut pas, tant s'en faut, une brute sanguinaire. Ses jugements furent empreints de modération et ses décisions font appel autant au pardon qu'à la répression quand celle-ci était nécessaire pour les raisons que nous avons évoquées plus haut. Les esprits impartiaux reconnaissent à l'Inquisition une justice supérieure à toutes les autres. En fait, elle préfigure dans une certaine mesure la justice moderne par ses règles procédurales, là où, à l'époque, la justice laïque se montrait pour le moins brutale et expéditive. La notion de pardon et de pénitence lui était totalement étrangère.

Ce qui est choquant, ce n'est pas tant l'Inquisition en elle-même car, je le répète, elle s'inscrit dans un contexte qui n'est pas le nôtre mais bien plutôt la mauvaise foi des contempteurs haineux de l'Eglise qui dénoncent la juridiction d'une certaine époque mais regardent avec complaisance le Révolution de 1789 et la Terreur qui fit beaucoup plus de victimes, la plupart totalement innocentes et qui font les yeux doux aux systèmes de pensée qui entraînèrent la mort de millions de victimes. On n'a guère entendu dénoncer en ce 90ème anniversaire de la révolution d'octobre 1917 les conséquences tragiques de l'idéologie marxiste pour le peuple russe, sans parler de victimes du communisme en Asie et en Afrique. Or la conscience humaine a évolué depuis le Moyen Age, ce qui excuse d'autant moins. On nous bassine sans cesse avec les Lumières. Elles n'ont pas empêché la sanglante et effroyable Terreur pas plus que la chape de plomb qui tomba sur l'Union soviétique.

Louis XVI devait être condamné à mort, ainsi en avaient décidé les révolutionnaires. Certains considéraient même son procès inutile car sa condition même de roi le rendait ipso facto coupable sans la moindre circonstance atténuante tandis qu'un procès laissait supposer qu'il pouvait être innocent des "crimes" qu'on lui imputait. On mesure le "grand progrès" que fut la révolution pour la pensée humaine.

Notre époque moderne n'a pas su davantage prévenir ces deux cancers que furent le nazisme et le communisme, tout imbus des Lumières que nous étions supposées être, lesquelles "Lumières" devaient éclairer l'humanité. Quelle arrogance! Quelle présomption!

C'est pourquoi je regarde l'Inquisition comme un temps douloureux dans l'histoire tourmentée de l'humanité car elle met en cause l'Eglise dont la mission, reçue de Notre Seigneur Jésus Christ, est d'annoncer le règne de Dieu. L'Inquisition fait donc partie des tribulations de l'humanité mais ne comptez pas sur moi pour faire repentance. Les repentances à sens unique non seulement n'apportent rien mais elles peuvent, au contraire, conforter les adversaires de l'Eglise dans la certitude de leur idéologie mortifère. Le catholique d'aujourd'hui ne se reconnaît en rien à travers l'Inquisition médiévale. On ne peut en dire autant des républicains et laïcistes convaincus dont le silence assourdissant face aux parodies de procès, aux exécutions sommaires, à l'oppression organisée méthodiquement laisse clairement entendre qu'ils se reconnaissent plus ou moins dans ces systèmes idéologiques qui gardent encore de nombreux partisans.

samedi 27 octobre 2007

Moyen-Age, Eglise et obscurantisme


Le temps disponible que me procure mon statut de retraité me permet depuis trois ans de dispenser différents cours de préparation aux épreuves de culture générale des examens prévus dans le cadre du déroulement de carrière ou en vue du concours d'admission à l école des officiers de gendarmerie. Ces cours s'adressent donc à des auditoires de niveaux différents. Toutefois, les élèves ont en commun leur jeune âge, relativement au mien! Les plus jeunes ont environ 27 ans et les plus âgés la quarantaine. Le niveau général est assez moyen dans son ensemble mais ce qui frappe de prime abord c'est avant tout le grand conformisme de pensée. La propagande officielle et l'œuvre d'abrutissement de l'éducation nationale, visiblement, ont porté leurs fruits.

Récemment, nous travaillions sur un sujet donné cette année même à un examen en interne. Il s'agissait de donner son point de vue sur les moyens modernes de communication en précisant s'ils permettaient ou on d'accéder facilement à la connaissance. Sujet intéressant, peu difficile dans la mesure où il ne faisait pas appel à des connaissances techniques mais devait permettre aux candidats d'exercer leur sens critique.

Or, certains m'ont, à cette occasion, ressorti les vieilles rengaines sur l'accès à la connaissance facilité depuis le siècle des Lumières, lesquelles lumières ont permis, d'après ces mêmes candidats, de sortir de siècles d'obscurantisme entretenu par l'Eglise. Un candidat, garçon sympathique et faisant partie de ceux qui me paraissent avoir une culture d'ensemble plutôt riche m'écrit ceci dans sa copie:

"Au moyen-âge, seuls les érudits et plus particulièrement l'église, détenaient la connaissance. Le peuple était plongé et maintenu dans l'ignorance. Cette époque porte un nom l'obscurantisme. Puis il y eu le siècle des Lumières ou par opposition, la connaissance fût rendue accessible et surtout elle fût libérée de ceux qui la détenait comme un pouvoir."

J'ai volontairement gardé l'orthographe originelle. Elle est à l'image de ce que je peux observer dans la plupart des copies. Je dirais même que par rapport à la moyenne, l'auteur de ces lignes commet relativement peu de fautes. C'est dire!

Un autre candidat pendant le cours me fit observer qu'il y eut l'Inquisition et aussi le massacre des Cathares. Bref l'Eglise est chargée de tous les péchés de la terre.

Dans le climat de christianophobie générale qui règne depuis plusieurs décennies et qui s'est considérablement amplifié à partir des années 80, il ne faut guère nous étonner du résultat obtenu par un matraquage des cerveaux digne des régimes totalitaristes.

Les deux candidats sont à l'image de l'immense majorité des Français. Ils ont pris pour argent comptant tous les dogmes républicains qu'on leur a enseignés. A aucun moment ils n'ont exercé une saine critique fondée sur une raison droite. Mais encore faudrait-il pour cela que l'enseignement officiel leur apprît précisément à exercer ce sens critique, mais c'eût été trop dangereux pour le système établi.

Je ne suis pas dans le secret des officines de tout poil pour savoir si nous sommes en face d'un vaste complot mais ce qui est effrayant c'est de constater la convergence de tous ceux qui ont la charge de transmettre le savoir ou l'information pour salir l'Eglise. Ces enseignants, ces journalistes, ces maisons d'édition, tous se sont arrogés un droit de censure absolu sur tout ce qui n'est pas conforme à leur idéologie. Et ce sont ces mêmes démocrates qui nous enseignent l'obscurantisme de l'Eglise catholique pratiquant les autodafés et mettant à l'Index les écrits contraires à la foi ou pire encore que l'Eglise maintenait volontairement les esprits dans l'ignorance crasse pour mieux asseoir son pouvoir sur les consciences.

Anesthésiés par la pensée officielle, les Français ne savent même plus raisonner à partir d'évidences qui sautent aux yeux. Oui, le Moyen-âge était une période d'obscurantisme, puisque vous le dites, mais alors expliquez-nous comment les cathédrales, ces purs joyaux de l'Occident chrétien ont pu sortir de terre et résister à l'épreuve du temps pour nous laisser ce plus beau témoignage d'une époque où la société toute entière vivait et respirait au rythme de l'année liturgique. Car enfin, vous dirai-je, si ces cathédrales ne se sont pas effondrées à peine finies, c'est bien parce que les architectes de l'époque avaient un savoir-faire prodigieux pour bâtir des édifices stables malgré leur hauteur vertigineuse pour l'époque. Notre Dame de Paris, Chartres, Reims, Strasbourg, Bourges, Beauvais, Cologne demeurent des témoins vivants de l'architecture médiévale.


Si nous remontons dans le temps, il nous faut aussi prendre en compte tout l'art roman. N'oublions pas que ce que nous qualifions de Moyen Âge correspond à une période qui s'étend sensiblement de l'époque carolingienne, autour des années 800, jusqu' à la découverte des Amériques en 1492, soit sept siècles. C'est un peu comme si les historiens du quatrième millénaire à venir, si l'humanité parvient jusque là à survivre à sa course folle, mettaient dans le même sac la France depuis Philippe le Bel jusqu'à…Nicolas Sarkozy. Je sais bien que pour ce dernier la France de Jeanne d'Arc est aussi celle de Louis XIV et de Jean Jaurès mais tout de même!




La cathédrale de Beauvais splendeur de l'art ogival et produit de ...l'obscurantisme!

Il faut donc regarder l'art roman remarquable par sa sobriété et sa pureté. Chaque fois que je vais à l'abbaye de Sénanque, je m'émerveille de deux choses: l'acoustique et la lumière. Les sons prennent un relief particulier et je me souviens de la démonstration que nous avait un moine cistercien sur la résonance particulière, par amplification du son, que pouvait prendre la cantilène grégorienne. Ce qui est surprenant aussi c'est la luminosité des lieux. Certes, nous sommes en Provence mais cela n'explique pas tout. En effet, on remarque que les ouvertures sont peu nombreuses. Cependant elles sont conçues pour laisser entrer le maximum de lumière, ce qui fait qu'il n'y règne aucune pénombre.


La beauté dépouillée de l'abbaye de Sénanque au fond de son vallon verdoyant.


Comment passer sous silence le rayonnement spirituel et intellectuel du monachisme bénédictin en occident. Rien ou presque ne nous serait parvenu de la culture hellénique et romaine sans l'oeuvre des moines. Alors que l'invasion des barbares, la chute de l'empire romain marquent le début d'une période de décadence, l'Eglise sera la cheville ouvrière de la restauration de la civilisation en occident. Ah Messeigneurs évêques de France, puissiez vous vous inspirer de l'oeuvre de vos vénérables prédécesseurs plutôt que de vous réfugier dans un silence frileux et tacitement approbateur ou pire de battre votre coulpe sur la poitrine de ceux qui ont l'heur de vous déplaire, sans compter ceux qui font l'apologie à peine voilée du communisme!

Dans la littérature, Le Moyen Age n'est pas en reste. Probablement que beaucoup d'œuvres ont disparu dans les incendies, nombreux à cette époque et particulièrement destructeurs. La chronique de la Grande Chartreuse nous apprend que lors de l'incendie qui détruisit le monastère en 1371, Dom Guillaume de Raynald, le Prieur, s'écria "Mes Pères, mes Pères, ad libros, ad libros, sauvez les livres, sauvez les livres!" La révolution de 1789 se chargea aussi d'achever l'oeuvre accidentelle du feu en détruisant une grande partie de notre patrimoine religieux. Combien d'ouvrages, d'édifices disparurent dans la tourmente? Nous ne le saurons jamais. Tout au plus pouvons-nous avoir une idée de l'ampleur du saccage en dressant la liste des abbayes et des églises vandalisées quand elles ne furent pas tout simplement détruites.
Cependant, nous sont parvenues bon nombre d'oeuvres médiévales tous genres confondus.

Les chansons de gestes, les fabliaux, les farces, le roman courtois, les lais de Marie de France, les Chroniqueurs Villehardouin, Joinville, Froissart et Commynes le théâtre de Rutebeuf, Guillaume de Machault, Chrétien de Troyes, les auteurs et les genres littéraires ne manquent pas pour une époque que l'on considère généralement comme arriérée. Et surtout n'oublions pas les grands noms, je dirai le grand nom, saint Thomas d'Aquin dont la philosophie et l'analyse politique demeurent étonnamment d'actualité, même si au sein même de l'Eglise le courant moderniste, notamment dans les années 60, fit tout pour le discréditer au profit de théologies nouvelles pourtant condamnées par les papes jusqu'à Pie XII.

Le Sire de Joinville (1224 - 1317). Chroniqueur, il est l'auteur de l'histoire de saint Louis

Etrangement, il ne viendrait à personne l'idée de considérer que la civilisation romaine fut une civilisation obscurantiste. Pourtant, la société romaine ne brillait par le raffinement de ses mœurs. Les jeux du cirque étaient barbares, le paterfamilias avait droit de vie ou de mort sur ses enfants, l'esclavage généralisé avilissait la personne humaine. Les mœurs étaient rudes. Complots, assassinats jalonnent l'histoire de l'Urbs.

Je n'ai pas davantage entendu les grandes âmes condamner cette page si "glorieuse" de notre histoire que fut la révolution de 1789. Et pourtant elle en fit des victimes, d'autant moins pardonnable dans sa propre logique, que cette révolution s'inspirait des Lumières pour promouvoir la liberté et avec elle une ère nouvelle!

La révolution ne fut pas obscurantiste. A Lavoisier qui demandait au tribunal révolutionnaire un délai pour pouvoir terminer ses travaux de recherches, le président du tribunal répondit que la révolution n'avait que faire des scientifiques.

Nous réserverons pour plus tard une étude sur l'Inquisition car les études à son sujet sont très controversées. Il est toujours difficile de faire la part des choses dans la plus grande objectivité.

Si l'humanité se réveille un jour, ce qu'à Dieu ne plaise, je ne doute pas un instant que l'on puisse qualifier notre civilisation d'obscurantiste. La dégradation des mœurs, l'avortement légalisé en sont les marques les plus visibles. Le dogme unique qui sévit empêche tout débat sérieux. Le créationnisme fait sourire mais sait-on que la théorie de l'évolutionnisme ne s'appuie sur aucune preuve formelle et que loin d'apporter une réponse à l'origine de la vie, elle pose plus de problèmes qu'elle n'apporte de solutions.

Réchauffement de la planète en raison de l'activité de l'homme? Où peut-on lire ou entendre dans la communication institutionnelle que rien ne prouve que si réchauffement il y a, il soit la conséquence de notre activité polluante?

Claude Allègre qui n'est pourtant pas de ma chapelle, fait dans son livre intitulé "Ma planète" dont on a peu parle, et pour cause, une mise au point très édifiante sur l'écologiquement correct tel qu'on le pratique actuellement.

Aujourd'hui plus que jamais nous sommes tombés dans l'hystérie de la lutte contre le réchauffement. Une chose est certaine, ce combat n'est pas perdu pour tout le monde car il sera une source de profits considérables pour le monde des affaires et pour tous les profiteurs et opportunistes. Le citoyen lambda risque par contre d'y laisser beaucoup de plumes.

Mais tant que l'on "éduque" les Français sur leur propre histoire revue et corrigée, on est au moins certain qu'ils n'auront pas le mauvais goût de poser les bonnes questions sur les vrais problèmes de notre pauvre société.


samedi 20 octobre 2007

Autour de Guy Môquet


Parler aujourd'hui de la force d'un pays n'est plus du goût du jour. L'Europe du XXème siècle a subi la folie meurtrière des totalitarismes qui exaltaient, au nom d'une idéologie, la vertu de la force - pléonasme au demeurant quand on sait que virtus en latin signifie précisément la force - qui nous fait renoncer désormais à toute vertu collective.

Le spectre du nazisme, bien entretenu à des fins politiques, hante les esprits de nos beaux démocrates. Le prêt à penser médiatique reste beaucoup plus pudique sur les ravages du totalitarisme communiste qui sévit en Europe pendant plus de 70 ans. Il est vrai que la pensée "officielle" est tenue par une nomenklatura très gauchisée, championne autoproclamée de la défense des droits de l'homme. Médias, show-biz et politiciens même combat!

Ceci étant, quand je parle des systèmes totalitaristes, j'englobe les deux systèmes monstrueux, fruit de la pensée humaine qui s'est faite Dieu sans Dieu, qui, sans vergogne, promettaient aux hommes des lendemains enchanteurs et qui imaginaient pouvoir recréer l'Eden perdu du fait de la faute originelle. En guise de paradis l'humanité s'est vue offrir la Guépéou pour les Russes indociles et la Gestapo pour les Allemands qui ne voulaient pas penser comme le Führer. Pour les premiers il y eut les goulags et pour les seconds les camps de concentration.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces régimes qui, ne l'oublions pas ne sont pas nés comme par un effet de génération spontanée. Le système politique, la faiblesse des démocraties, les conditions économiques, l'injustice sociale furent des terrains de prédilection pour ces doctrines destructrices. Et le peuple, éclairé comme il se doit depuis le passage des Lumières du XVIIIème siècle, a suivi comme des moutons de Panurge, sans même se rendre compte que leurs messies, leurs sauveurs les conduisaient à l'abattoir.

Depuis, l'Europe croit s'être réveillée, et s'être vaccinée à jamais contre les totalitarismes sanglants. Plus jamais ça! Dignité humaine, défense des libertés, les belles âmes ont toujours les mots qu'il faut, surtout quand cela peut valoriser leur image commerciale et faciliter les rentrées de royalties. Il est beaucoup plus porteur de se mobiliser contre le racisme, la xénophobie, pour les "sans-papiers" que de se réclamer publiquement sympathisant de la droite de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers. Même la sarkomania n'est pas porteuse. Doc Gynéco dont on se demande ce qu'il venait faire dans le débat politique d'une droite qui se voulait résolument à droite semble rencontrer des problèmes d'audience depuis sa "collaboration" avec le candidat UMP.

Donc, il est particulièrement incorrect de parler d'un état fort qui ne peut être que nécessairement destructeur des "libertés individuelles". On le voit bien ces jours-ci avec la polémique qui enfle autour de la lettre de Guy Môquet fusillé par les Allemands en 1941.

Merveilleux professeurs, adorables professeurs, comme aurait dit Jean-Claude Brialy, qui dénoncent "une ingérence politique intolérable" mais qui trouvent dans le même temps normal de pousser leurs élèves à la grève et au désordre dans les rues, CPE oblige!

Merveilleux professeurs, adorables professeurs qui "n'admettent pas qu'on instrumentalise l'Histoire au profit du politique", alors que les manuels scolaires vomissent des contrevérités à longueur de pages qui réécrivent l'Histoire de la France et du monde dans une perspective gauchisée et très politisée.

Merveilleux professeurs, adorables professeurs qui proclament que "l'école n'est pas chargée d'inculquer l'amour de la patrie", désavouant les hussards noirs de la IIIème république mais qui trouvent normal que l'enseignement crache de manière permanente sur notre passé historique, inculquant insidieusement aux jeunes le mépris de la patrie et des ancêtres.

Merveilleux professeurs, adorables professeurs comme ce professeur d'histoire – géographie qui trouve "aberrant de lire la lettre de Guy Môquet à ses élèves de seconde, alors que le programme d'histoire traite de la Grèce antique. Les élèves, qui ont tendance à manquer de repères temporels, vont tout confondre."


Aveu ô combien éloquent d'un professeur qui reconnaît implicitement l'incohérence des programmes qui plonge les lycéens dans la confusion. Il est vrai que si les potaches font de Guy Môquet un disciple de Socrate, un stratège à l'image de Périclès ou le transforment en messager coureur annonçant aux Athéniens la victoire de Marathon contre les Perses, il y a de sérieuses inquiétudes à avoir sur leur capacité de discernement, laquelle est d'ailleurs le fruit de tout un système pédagogique dont les professeurs sont le plus souvent les serviteurs zélés. Peut-être faudra t-il désormais synchroniser les programmes des autres matières avec le programme d'histoire? Elles risquent fort, ces matières, d'être réduites à leur plus simple expression surtout quand il s'agira de traiter du paléolithique dans la Préhistoire.

De ce pataquès politico-historique je retiens eux choses:


Guy Môquet ou le contresens historique

Tout d'abord, il est évident que Nicolas Sarkozy a été mal conseillé par sa" plume", Henri Guaino, qui, paraît-il, est à l'origine de cette "géniale" trouvaille vite reprise par le président, pas fâché du bon coup. "Piquer" à Marie-Georges Buffet sa station de métro pour en faire un symbole de l'âme de la France éternelle, de la France combattante, de la France résistante, de la France qui ne se met pas à genoux devant l'ennemi, c'est excellent pour déstabiliser les partis de gauche. Oui mais l'histoire de Guy Môquet, malheureusement, n'est pas celle que l'on raconte.

Faisons un retour en arrière. Guy Môquet est un militant communiste particulièrement actif. Or, en 1939 le parti communiste est dissous en raison de son opposition à la guerre contre l'Allemagne. Il faut se rappeler que les Allemands viennent de signer le 23 août 1939 un pacte avec l'URSS, le fameux pacte de non-agression réciproque. Cet accord bilatéral est un coup de tonnerre qui surprend les Français. Le plan Barbarossa qui prévoit l'invasion de la Russie est dans les cartons pour l'instant. Hitler, en fin manoeuvrier, retourne le jeu des alliances en sa faveur, neutralisant ainsi un ennemi potentiel à l'est pour mieux se concentrer sur ses objectifs premiers, à savoir l'invasion de la Pologne tout en faisant face à une éventuelle attaque de l'Angleterre et la France sur le front ouest.

Alignés fidèlement sur Moscou, les communistes français vont alors tout faire pour s'opposer à la guerre, y compris par des actes de sabotages dans les usines d'armement, se faisant ainsi les alliés de circonstance des Allemands.

Désormais l'Allemagne a les mains libres. Elle attaque la Pologne le 1er septembre 1939. La Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne le 3 septembre, suivie quelques heures plus tard par la France.


Guy Môquet jeune communiste fut arrêté en raison de son activité militante par la police française en octobre 1940 et fusillé par les Allemands en octobre 1941 comme otage en représailles à l'assassinat d'un lieutenant-colonel de la Wermacht. Le présenter comme un résistant constitue un contresens historique. Lui-même se définissait comme un martyr de la cause communiste.

On observera, au passage, que la France déclare la guerre, conjointement à la Grande-Bretagne, pour s'opposer à l'invasion de la Pologne et après quelques incursions en territoire allemand dans la forêt de la Warndt se retranchera frileusement derrière la ligne Maginot dans un immobilisme ahurissant. "Et voilà toute notre aide à la Pologne!", s'exclamera le général Beaufre. Quand on sait que la grande crainte d'Hitler était de voir surgir les franco-anglais dans son dos, alors que lui guerroyait face à l'est, on demeure pantois!

L'inertie des Français est proprement incompréhensible, y compris pour de nombreux généraux allemands qui redoutaient une invasion de la Ruhr. Le général allemand Westphal affirma même que l'occupation du bassin industriel de la Ruhr aurait été un coup mortel pour le Reich et que le nazisme se serait alors effondré.


Le maréchal Keitel, chef de l'OKW (OberKommando der Wermacht ou haut commandement de la Wermacht) qualifia l'attitude française d'absolument inexplicable car contraire à tous les principes militaires.



Le maréchal Keitel signant l'acte de capitulation pour l'Allemagne en mai 1945. Il fut jugé, condamné à mort pour crimes contre l'humanité au procès de Nuremberg et pendu le 16 octobre 1946.

Mais c'est oublier que le vent du pacifisme bêlant français avait déjà fait son oeuvre et opéré des ravages profonds. Nous allions en payer le prix très, très élevé!

Affiche prémonitoire dénonçant la situation de l'aviation française à la veille de la deuxième guerre mondiale

Il ne se passa donc rien sur le front - et pour cause! - du moins jusqu'au 10 mai 1940, date à laquelle les Allemands eurent le mauvais goût de nous rappeler que nous leur avions déclaré la guerre près d'un an auparavant et firent preuve d'outrecuidance en nous réveillant de notre torpeur. Mais pendant ce temps la propagande et l'activisme communistes étaient allés bon train et furent considérés par l'immense majorité des Français et par les pouvoirs publics en premier lieu comme des actes de trahison et des menées subversives en temps de guerre, même si la guerre prenait une drôle d'allure.

Une scène parmi d'autres de la drôle de guerre. Labourage et pâturage semblent être les préoccupations immédiates de l'armée française. Foin de l'entraînement au combat si l'on peut dire!



Le théâtre aux armées pendant la drôle de guerre destiné à soutenir le moral de nos combattants! L'esprit de 1940!


Pendant ce temps en face on joue un tout autre théâtre sur une tout autre tonalité. Et il en est qui s'étonneront de notre foudroyante défaite en à peine un mois!

Attention cependant à ne pas tomber dans la caricature et faire de l'armée française une armée d'opérette. Elle avait ses unités d'élite qui livrèrent des combats héroïques mais malheureusement isolés et sans lendemains du fait du climat général qui régnait dans l'armée comme dans la société en général.

Aussi le gouvernement Daladier adopte-t-il, une fois n'est pas coutume, des mesures énergiques. Il interdit le PCF. De nombreux responsables du parti sont arrêtés et incarcérés. Maurice Thorez qui est mobilisé à cette époque au 3ème régiment du génie à Chauny, s'enfuit à l'étranger. Prosper Môquet, le père de Guy, député communiste est lui-même arrêté.

L'activité des communistes français sert à merveille la cause des Allemands qui n'hésiteront pas à libérer des détenus après l'armistice de juin 1940. Henri Amouroux dans le tome 1 de sa grande histoire des Français sous l'Occupation note même que des négociations secrètes ont eu lieu entre les autorités allemandes en France occupée et les représentants du parti communiste en vue de libérer les militants internés.

Edouard Daladier, Président du Conseil d'avril 1938 à mai 1940, période pendant laquelle il prit les mesures visant à interdire le parti communiste en France.

Après la débâcle de juin 1940, il n'en demeure pas moins que les communistes poursuivent leurs menées et leur propagande. C'est dans ce contexte que le jeune Guy Môquet est arrêté par la police française en vertu du décret Daladier de 1939. Incarcéré en région parisienne, il est ensuite transféré au camp de Chateaubriand en Loire-Inférieure, aujourd'hui Loire-Atlantique.

Mais en juin 1941, coup de théâtre, l'Allemagne rompt le pacte germano-soviétique de non-agression en attaquant l'Union soviétique. Aussitôt, les communistes changent de politique du tout au tout et se lancent dans la lutte contre l'occupant ennemi. Le 20 octobre 1941, le lieutenant-colonel Karl Hotz, commandant des troupes allemandes pour la Loire-Inférieure est abattu à Nantes de deux balles dans le dos par trois résistants communistes.

Hitler exige aussitôt que soient fusillés 50 otages en guise de représailles. Au total 48 seront exécutés dont 27 parmi les détenus du camp de Chateaubriand. Guy Môquet fait parti de ce lot. Il est donc particulièrement maladroit, politiquement parlant, de se référer à Guy Môquet en le présentant comme un résistant animé d'un sens patriotique élevé. Il s'agit même d'un énorme contresens historique. Il est un militant communiste acquis à la cause de l'Internationale ouvrière. C'est son unique combat.

La lettre de Guy Môquet sera exploitée bien plus tard par le parti communiste français pour effacer la calamiteuse image de sa "collaboration" avant l'heure avec l'occupant allemand et le présenter sous les traits du parti des 75 000 fusillés (pour faits de résistance à l'occupation nazie).

Pour exalter la France éternelle, celle qui ne plie pas sous la botte ennemie, il y avait d'autres modèles à prendre. Je pense au lieutenant Tom Morel, officier saint-cyrien, qui se lancera dans la résistance en organisant le maquis du Plateau des Glières en Haute Savoie. Il est dans la lignée des vrais soldats, des héros authentiques, non pas pour avoir recherché une quelconque gloire personnelle, mais parce que ses actes traduisent son engagement total et relèvent des plus hautes vertus. Mais, à la différence de Guy Môquet, le lieutenant Morel n'a pas laissé de lettres d'adieu qui font pleurer les âmes sensibles dans les chaumières. On verse dans le sentimentalisme mais c'est tellement dans l'air du temps! Nous le verrons un peu plus loin.


Théodose Morel(1915 - 1944), dit Tom Morel, promotion Maréchal Lyautey de l'école spéciale militaire de Saint-Cyr (1935 - 1937) en uniforme de sous-lieutenant des chasseurs alpins

L'anarchie rampante ou l'esprit de 1940 qui se perpétue

Le second point que je tiens à souligner tient au désordre qui règne en France. Nous le constatons ici. Une décision prise par le chef de l'Etat sans grande portée, ni grande conséquence, il faut bien le reconnaître, provoque dans le corps enseignant une levée de boucliers avec des arguments souvent spécieux et qui, de ce fait, ne convainquent personne. La confusion que pourrait provoquer la lecture de la dernière lettre de Môquet dans l'esprit des élèves de seconde est un argument dont le ridicule le dispute à l'évidente mauvaise foi.

Jusqu'à preuve du contraire, le corps enseignant appartient à la fonction publique. Il est donc placé sous l'autorité du gouvernement et du chef de l'Etat. Il est tenu d'appliquer les directives venant d'en haut, les états d'âme n'ayant pas leur place ici. Mais force est de reconnaître que plus personne, dans l'éducation nationale ou ailleurs, ne semble prêt à obéir. Questionné sur d'éventuelles sanctions qui frapperaient les professeurs ayant refusé de lire la lettre de Môquet, l'Elysée a fait savoir qu'une telle éventualité était exclue. On s'en serait douté!

Beaucoup de gendarmes, officiers comme sous-officiers, me parlent de leur désarroi en me disant que le commandement dans la gendarmerie aujourd'hui a adopté un profil bas, la crise de 1989, et surtout celle de 2001, ayant laissé dans les esprits des séquelles profondes. Les grands chefs se cantonnent dans une attitude prudente, voire démagogique, et ne brillent guère par le courage dans la prise des décisions (du moins quand elles comportent un risque, aussi minime soit-il). Il était un temps pas très lointain où les hommes ne craignaient pas de faire acte de commandement. L'art de commander n'a rien à voir avec l'autoritarisme ou le despotisme. A vouloir coller la liberté à toutes les sauces, notre société qui ne supporte plus la moindre forme d'autorité est devenue ingouvernable.


Dans la police nationale, les commissaires ont, semble-t-il, disparu. Sauf rares exceptions, interviennent à la télévision pour commenter les troubles graves de l'ordre public, les affaires judiciaires, les mises en cause de la police, d'obscurs représentants syndicaux! Or, il s'agit là d'affaires relevant de l'opérationnel, c'est à dire du commandement par excellence. Que vient faire un syndicaliste dans un tel contexte ? A quand l'intervention devant les caméras du concierge ou de la standardiste du tribunal de grande instance au lieu et place du procureur de la république pour commenter la dernière affaire criminelle?


Le chef en grec se dit archos. Nous retrouvons cette racine hellénique dans de nombreux mots français pour exprimer l'idée de commandement ou de gouvernement. Ainsi, la monarchie est le gouvernement d'un un seul homme. Une oligarchie est un gouvernement exercé par un petit nombre. L'absence de toute forme de commandement est étymologiquement l'anarchie (an étant le préfixe privatif). Force est de constater que la France se trouve en état d'anarchie rampante dans tous les sens du terme.

Soit dit en passant l'anarchie est bien entretenue par tous ceux qui se prévalent de la bonne philosophie marxiste dont se réclamait à l'époque Guy Môquet.

On ne gouverne plus au sens littéral, c'est-à-dire tenir le gouvernail, se fixer un cap, pour atteindre un point lointain. Non, de nos jours nos "gouvernants" gèrent dans le sentimentalisme, l'émotionnel, l'instantané. Des enfants meurent agressés par des chiens, aussitôt la ministre de l'intérieur prépare une nouvelle loi pour montrer qu'elle n'est pas insensible à l'émotion suscitée par ces évènements dramatiques. Un accident mortel survient sur une fête foraine, qu'à cela ne tienne, on se réunit séance tenante pour préparer un nouveau texte réglementaire. Accident dans un ascenseur, accident majeur comme ce fut le cas il y a quelques mois avec l'autocar de pèlerins polonais qui a plongé dans un ravin à Vizille, à chaque fois on prend de nouvelles mesures et on le fait claironner mais on ne se préoccupe pas de savoir s'il existait des textes dans les domaines concernés, ce qui est très souvent le cas et on oublie de s'interroger sur les causes de leur non-application.

On procède par gesticulations et effets d'annonce sans lendemains et les nouveaux décrets, les nouvelles lois que l'on élabore en toute hâte iront encombrer un peu plus l'arsenal impressionnant des textes réglementaires jamais appliqués, faute d'une véritable volonté politique.

L'accident de Vizille est un exemple parmi d'autres. Il n'est pas le premier accident grave à se produire au bas de la descente de Laffrey. Il est au moins le troisième mettant en cause des autocars qui, manquant le virage à 90 degrés, faute de freins, lesquels ont lâché entretemps, surchauffés par la longue descente qui précède, terminent leur course dans le ravin. Bien entendu, le gouvernement s'est saisi du problème et entend traiter du même coup tous les points noirs en France.

Est ce bien son rôle? Est-ce à l'Etat au plus haut niveau de s'assurer que tel carrefour n'est pas dangereux, que la visibilité est suffisante à tel passage à niveau, que le passage pour piétons dans je ne sais quelle commune de la Lozère est bien sécurisé? Il existe des services départementaux, police, gendarmerie, sapeurs-pompiers, SAMU, service de l'équipement etc, qui doivent jouer leur rôle sous l'autorité du préfet. En perdant le sens du commandement, on a de ce fait perdu le sens des responsabilités. En faisant remonter au niveau le plus haut ce qui relève de l'administration locale, on détourne le gouvernement de sa mission première, gouverner et on déresponsabilise les échelons territoriaux. Le conseil des ministres n'est pas un super conseil municipal.

L'exercice du commandement est un genre que l'on répugne désormais à pratiquer. Aujourd'hui, le maître mot est le dialogue. Non pas qu'il ne faille pas dialoguer. La concertation est une bonne chose en soi. Elle n'est pas incompatible avec le commandement. Les meilleurs gouvernants que la France ait eus dans son histoire ont été ceux qui ont su s'entourer de bons conseillers. Mais la décision appartient en dernier lieu au chef et à lui seul d'en assumer l'entière responsabilité.

Nous sommes depuis plusieurs décennies dans l'ère de la palabre. On dialogue, on négocie, on se concerte, on communique, sans que les choses aillent mieux pour autant. Quand la maison est en feu, on ne se disserte pas pour savoir s'il faut prendre un tuyau de tel diamètre plutôt que de tel autre. On agit et vite faute de quoi la maison se retrouvera très rapidement en cendres.

La maison France n'est-elle pas en train de brûler pendant que nos pompiers sont en train de discuter dehors ? D'une certaine manière l'esprit de 1940 n'est pas mort en France, hélas!


Hommage rendu par la promotion Tom Morel de l'école spéciale militaire de Saint-Cyr aux combattants du Plateau des Glières et à Tom Morel, leur chef.

Mais laissons en guise de conclusion la parole au lieutenant Théodose Morel, officier au sens le plus noble du terme. Il est un exemple et une source d'espoir pour nous tous.

"Je cultive le prestige, non pour une vaine gloire mais pour élever les âmes vers Jésus: Il est mon grand potentiel d'énergie; s'Il n'était pas dans mon cœur, je sens que je ne pourrais rien faire".

Lieutenant Tom Morel

lundi 15 octobre 2007

Memento Domine

Le 16 octobre 1793, à midi quinze, sur la place de la Révolution, naguère place Louis XV, devenue aujourd'hui place de la Concorde (!) Marie-Antoinette, Reine de France, fille de François de Lorraine et de Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche, épouse de Louis XVI, Roi de France, est exécutée conformément au jugement rendu par le tribunal criminel extraordinaire et révolutionnaire qui l'a condamnée à la peine de mort quelques heures auparavant au terme d'un procès bâclé qui n'est qu'une parodie de justice et qui préfigure, hélas, la multitude de procès du même genre que le monde connaîtra par la suite avec les régimes totalitaires.

Jugement de Marie-Antoinette - Musée Carnavalet


Il est quatre heures du matin quand le président du susdit tribunal révolutionnaire prononce le jugement fatidique:

« Le Tribunal, d'après la déclaration unanime du jury, faisant droit sur le réquisitoire de l'accusateur public, d'après les lois par lui citées,condamne ladite Marie-Antoinette, dite Lorraine d'Autriche, veuve de Louis Capet, à la peine de mort ; déclare, conformément à la loi du 10 mars dernier, que ses biens, si elle en a dans l'étendue du territoire français, sont acquis et confisqués au profit de la République ; ordonne qu'à la requête de l'accusateur public, le présent juge­ment sera exécuté sur la place de la Révolution, imprimé et affiché dans toute l'étendue de la France. »

Jugement inique, s'il en est, puisque la République met à mort une femme dont le seul tort fut d'avoir été reine de France au mauvais moment. Que l'on ne vienne pas me parler des frivolités de Marie-Antoinette à Versailles, au Trianon, de ses folles dépenses, car s'il fallait alors exécuter aujourd'hui tous ceux et toutes celles qui peu ou prou ont usé et abusé des deniers publics ou des biens de l'Etat à des fins personnelles, il y aurait foule dans la cour intérieure de la Conciergerie, sinistre parc à bestiaux où l'on regroupait pendant la Terreur les condamnés à mort avant de les faire monter dans la charrette!

Jugement dérisoire, aussi, qui confisque les biens de la Reine dans l'étendue du territoire français, elle qui ne disposait plus que de quelques linges personnels dans sa cellule. Au fur et à mesure, la République généreuse, éprise de liberté, grande proclamatrice et grande prêtresse des droits de l'homme, avait tout confisqué à la famille royale. Mais laissons parler Rosalie Lamorlière, servante à la Conciergerie et qui fut une des dernières personnes à pouvoir approcher la Reine dans son intimité. Ses propos sont tirés du livre de madame Simon Vouet, auteur de "Marie-Antoinette devant le XIXème siècle" qui recueillit en 1836 le témoignage de la servante.

[…] Ensuite elle me pria de l'aider à s'habiller. On lui avait fait dire de quitter sa robe de deuil, parce que cela pourrait exciter le peuple à l'insulter ; mais nous pensâmes, à la prison, que l'on craignait plutôt l'intérêt que réveillerait sa position de veuve du Roi. La Princesse ne fit aucune objec­tion, et disposa son déshabillé blanc du matin. Comme elle perdait tout son sang, elle avait aussi ménagé une chemise pour aller à la mort, et je remarquai qu'elle avait l'intention de paraître avec une mise aussi décente que le permettait son grand dénuement, ainsi qu'elle l'avait fait le jour du jugement. Au moment de se déshabiller, elle se glissa dans la ruelle entre le mur et le lit de sangle, afin de se soustraire aux regards de l'officier ; mais ce jeune homme s'avança impudemment en appuyant ses coudes sur l'oreil­ler pour la regarder. La Princesse rougit beau­coup, et se couvrit à la hâte de son grand fichu ; puis joignant ses mains en se tournant d'un air suppliant du côté de l'officier : « Monsieur, s'écria-t-elle, au nom de l'honnêteté, permettez que je change de linge sans témoin ! »


Cet homme dut être bien humilié de son action ?

Il répondit, au contraire, avec dureté, que ses ordres portaient qu'il ne devait pas perdre un instant de vue la condamnée. La Reine leva les yeux au ciel, et les reporta sur moi sans articuler une parole, car j'étais habituée à com­prendre tous ses regards, et je me plaçai de manière à la dérober autant qu'il était possible à ceux de l'officier. Alors, agenouillée derrière son lit, et avec toutes les précautions que lui suggéra sa modestie, Sa Majesté parvint à changer de linge sans même découvrir ses épaules ou ses bras.

Oui, jugement ô combien dérisoire lorsqu'on sait que tout fut confisqué à Marie-Antoinette, y compris jusqu'à son intimité! Il ne lui restait plus que sa vie, une pauvre vie misérable dans la pénombre d'un cachot que la lumière de l'extérieur parvenait à peine à éclairer. Cette vie, seul trésor qui lui restait, les révolutionnaires avaient décidé de la lui enlever et tous les procédés furent bons pour qu'ils puissent parvenir à leur fins. "


Marie-Antoinette est extraite de la Conciergerie pour être conduite à l'échafaud


On recourut aux chefs d'inculpation politiques suivants :

- Organisatrice de "l'orgie" du 1er octobre 1789,
- Responsable du massacre de juillet 1791,
- Responsable de l'horrible conspiration du 10 août,
- Dilapidation du trésor national,
- Intelligence avec les ennemis de la République,
- Atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de la France,
- Responsable de la guerre civile.

Quelle liste impressionnante pour une seule personne, fût-elle Reine de France!
Mais cette liste aussi impressionnante soit-elle ne suffit pas aux assassins. C'est pouquoi on vit défiler à la barre toute une kyrielle de témoins à charge dont les dépositions sont à la hauteur du procès lui-même tant le ridicule le dispute au grotesque et au sordide: bouteilles de vin trouvées sous le lit de la Reine destinées à saouler les gardes suisses, comportement incestueux de la Reine vis-à-vis du "jeune Capet" (le Dauphin devenu, à la mort de son père, Louis XVII). La république se vautre dans la fange et les caniveaux pour perdre Marie-Antoinette, mais cette charge proférée par Jacques-René Hébert se retourna contre les révolutionnaires. Lorsque le président du tribunal questionna la Reine sur les motifs de son silence par rapport à cette terrible accusation, Marie-Antoinette eut cette réplique :

"Si je n'a pas répondu, c'est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici."

Marie-Antoinette, note le greffier, est vivement émue et cette émotion passe soudain dans le public pourtant peu disposé, c'est le moins que l'on puisse dire, à la compassion à l'égard de la Reine. Le tribunal n'insistera pas sur cette accusation mensongère. Quand Robespierre apprendra les faits et l'accusation stupide, il qualifiera Hébert d'imbécile. Pour un peu Marie-Antoinette aurait retourné le public en sa faveur!

A propos d'accusations graves portées par un des témoins cités, l'adjudant général par intérim Lapierre, le greffier note sur le procès-verbal de l'audition du témoin que "le déposant observe qu'il tient ce fait d'une bonne citoyenne, excellente patriote, qui a servi à Versailles sous l'ancien régime, et à qui un favori de la ci-devant cour en avoit fait la confidence."

On croirait entendre l'histoire de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours et on en rirait si nous n'étions pas au coeur de la mascarade monstrueuse d'un procès qui n'a d'autres buts que d'éliminer la Reine car il faut faire tabula rasa de tout ce qui peut rappeler l'Ancien Régime.

Marie-Antoinette en femme très pragmatique devait savoir que son sort était scellé d'avance et qu'elle ne devait attendre, dans cette tourmente haineuse qui s'était emparée du pays, aucune clémence de la part du tribunal révolutionnaire.

La presse de l'époque s'accorde à dire que la Reine ne manifesta aucune émotion visible à la lecture de l'acte de condamnation. Ce fait est confirmé par Chauveau-Lagarde, un de ses avocats:

"Elle ne donna pas le moindre signe de crainte, ni d'indignation, ni de faiblesse [...] Elle descendit les gradins sans proférer une parole, ni faire aucun geste, traversa la salle comme sans rien voir ni rien entendre; et lorsqu'elle fut arrivée devant la barrière où était le peuple, elle releva la tête avec majesté."

Dès lors il ne lui reste que quelques heures à vivre. De retour dans son cachot, Marie-Antoinette demande de quoi écrire. Elle rédige une dernière lettre pour sa belle-sœur, Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, décapitée à son tour le 10 mai 1794. La jeune république ne fait pas dans l'à-peu-près! Quoi qu'il en soit, la lettre ne parviendra jamais à son destinataire puisqu'elle fut interceptée par FouquierTinville, l'accusateur public du tribunal révolutionnaire.

Lucide et prévoyant l'interception du courrier destiné à Madame Elisabeth, Marie-Antoinette, griffonne sur son livre de prières quelques mots pathétiques pour ses enfants:

"16 octobre à quatre heures et demie du matin. Mon Dieu ayez pitié de moi! Mes yeux n'ont plus de larmes pour pleurer pour vous, mes pauvres enfants! Adieu! Adieu!"



Il n'y a rien à dire devant ces mots. Ils conservent plus de deux siècles après la force bouleversante du cri d'une mère brisée, humiliée, anéantie au sens strict, c'est à dire rendue au néant. Elle n'a même plus dans sa déréliction la force de pleurer sur le sort de ses enfants livrés aux soudards et geôliers de la commune de Paris.

Mais il reste à Marie-Antoinette à subir encore les derniers outrages sur la route qui va la conduire de la Conciergerie à l'échafaud. Dans sa cellule, Henri Sanson, le bourreau, lui lie sans ménagement les mains dans le dos. "Oh ! Mon Dieu!" s'écria la reine dans son désarroi. On lui coupe les cheveux au dessus de la nuque pour que le couperet fasse son œuvre proprement puis elle est conduite jusqu'à la charrette par le même Sanson qui la tient au bout de la corde qui entrave ses poignets, comme on tient une chienne en laisse, "une chienne d'autrichienne", dira Jean Chalon dans son remarquable et poignant livre plein de tendresse pour Marie-Antoinette (Chère Marie-Antoinette). Cette corde est si serrée que la reine déchue arrivera sur le lieu du supplice les doigts gelés. On la fait monter sur le tombereau, on la fait asseoir sur une planche de bois rugueuse et instable, le dos tourné au sens de la marche pour davantage l'humilier; et ce cortège funèbre avant l'heure entame son sinistre parcours, franchissant la Seine par le pont au Change, prenant ensuite la rue du Faubourg Saint Honoré, pour déboucher sur l'actuelle place de la Concorde.



J'ai moi-même refait le 16 octobre 1993 ce même parcours avec tous celles et tous ceux qui désiraient commémorer le bicentennaire de cet évènement tragique. Cérémonie empreinte de la plus grande simplicité, sans ostentation, foule nombreuse, recueillie, ce fut une matinée émouvante qui s'acheva par quelques prières à l'heure même de la mort de la Reine et à l'emplacement même du supplice. Comme de bien entendu, les médias n'en parlèrent pas. Ce fut un non-évènement, alors que la moindre manifestation gauchiste de soutien à je ne sais quelle cause fumeuse rassemblant ne serait-ce que deux cents traîne-savates fait l'objet de compte-rendus détaillés particulièrement complaisants. Il était convenu que chaque participant déposerait sur place, là où fut exécutée Marie-Antoinette, une fleur de lys blanche. J'étais avec un de mes fils ce jour-là et comme nous n'avions pas eu le temps, auparavant, d'acheter les fleurs, je me suis écarté du cortège quelques minutes, tandis que nous progressions dans la rue du Faubourg saint Honoré, pour acheter une fleur pour mon fils, une pour moi-même. Comme je ne devais pas être le premier à être passé dans sa boutique pour faire le même achat, la fleuriste, une jeune femme, quelque peu intriguée par ce défilé inhabituel de clients me demanda ce qu'il se passait. Je lui répondis très simplement que nous voulions ainsi marquer par ces fleurs, symbole de la royauté française mais aussi de l'innocence, la date anniversaire de la mort de la Reine Marie-Antoinette. La jeune femme me dit alors spontanément avec un visage rayonnant "Bravo!" Cette réplique, visiblement sortie du cœur, fut à mes yeux la réparation des outrages subis par la Reine sur ce même parcours deux siècles auparavant car les injures, railleries et quolibets ne manquèrent pas tout au long du funeste parcours.


Marie-Antoinette dans la charrette qui la conduit vers le supplice


Indifférente aux moqueries, aux insultes, aux propos grossiers qui, n'en doutons point, fusèrent sur le parcours elle se dirige les yeux mi-clos vers son supplice. Elle n'est déjà plus sur terre. La place de la révolution est noire de monde ce jour-là. Nul doute que la propagande révolutionnaire a fait son œuvre pour ameuter la populace qui se repaît de ces orgies sanglantes. Celle-ci, qui plus est, est particulièrement gratinée! Pensez donc! Ce n'est pas tous les jours que l'on coupe la tête d'une reine de France. C'est même une grande première dans le royaume des lys. A ne manquer sous aucun prétexte! Y eut-il dans cette foule quelques anonymes venus soutenir discrètement par la prière la condamnée afin qu'elle ne défaillît point à l'ultime instant? Peut-être, nous ne le saurons jamais! Mais une chose est certaine c'est que les spectateurs n'auront pas eu le plaisir sadique de voir la Reine de France prise de peur à la vue de l'échafaud. A la surprise générale, elle descend seule, sans soutien, de la charrette avec "promptitude et légèreté", dit Rouy dans la relation qu'il fit de la scène, bien que ses bras soient liés; Il ajoute plus loin: "Elle est même montée à la bravade, avec un air plus calme et plus tranquille qu'en sortant de prison." "Audacieuse et insolente jusqu'au bout", écrira le Père Duchesne, le journal révolutionnaire d'Hébert, cité comme témoin dans le procès de Marie-Antoinette, comme nous l'avons vu plus haut.

Dans son empressement, la Reine marche involontairement sur le pied du bourreau. "Monsieur, je vous en demande pardon." Pardon, ce sera le dernier mot prononcé sur terre par la Reine. Désormais tout ce qui suit est entre les mains de Dieu.

Exécution de Marie-Antoinette, place de la révolution


Dans les Vêpres des défunts nous chantons le verset suivant au psaume 120:

"Non det in commotionem pedem tuum: neque dormitet qui custodit te."

"Qu'il ne laisse pas ton pied trébucher, qu'il ne sommeille pas ton gardien."

Soyons assurés que Dieu n'abandonna pas sa servante au dernier instant et qu'elle reçut la force d'affronter vaillamment cette mort inique, soutenue par son ange gardien. Non, son pied n'a pas trébuché, mais ayant reçu la grâce de mourir avec courage, elle accorda son pardon à ses bourreaux, car ne nous y trompons pas, au-delà des mots d'excuses qu'elle a prononcés et qui peuvent paraître conventionnels venant d'une femme rompue aux bonnes manières et au savoir-vivre de son milieu, c'est bien un pardon total que Marie-Antoinette offre à ses assassins.




OREMUS PRO MARIA ANTONIA GALLIAE REGINA

mercredi 10 octobre 2007

Requiescat in Pace

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Serge de Beketch journaliste et polémiste redoutable, mais avant tout grand combattant pour l'identité de la France nous a quitté samedi 6 octobre 2007.

Prions pour le repos de son âme



Ses obsèques auront lieu vendredi 12 octobre à 10h, en l'église Sainte Odile, 2 avenue Stéphane Mallarmé, 75017 Paris (M° Porte de Champerret)



REQUIEM AETERNAM DONA EO DOMINE ET LUX PERPETUA LUCEAT EO

Parlons français!


Nous pensons comme nous parlons ou comme nous écrivons, à moins que nous n'écrivions et ne parlions comme nous pensons. Quoi qu'il en soit, une chose est certaine, nous avons acquis de bien mauvaises habitudes révélatrices du délitement de la pensée française.

Dans ce domaine, les médias portent une responsabilité considérable. Depuis une cinquantaine d'années au moins, leur action a contribué à maltraiter systématiquement la langue française.

Le snobisme d'une pseudo élite intellectuelle française, très parisienne, nous a fait adopter deux manies :

-- le "vocarabia"
-- l'américanisme,


Le vocarabia ou le manque de courage intellectuel

Vocarabia est un néologisme de mon cru issu de la contraction de vocabulaire et charabia. En effet, les médias et certains milieux professionnels utilisent un vocabulaire d'un type nouveau, le plus souvent destiné à masquer une réalité que l'on ne veut pas reconnaître. C'est en cela que je considère qu'il relève d'un manque de courage intellectuel ou du mensonge trompeur.

Ainsi, aujourd'hui nous ne voulons plus dire les choses telles qu'elles sont. Petit à petit, nous avons remplacé aveugle par malvoyants, sourd par malentendant, femme de ménage par technicien de surface, gitans par gens du voyage, immigrés par minorités visibles etc.

Au milieu des années 70, alors qu'il était de notoriété publique que le chômage augmentait de façon inquiétante, les pouvoirs publics se répandaient en propos lénifiants afin de rassurer l'opinion publique. Mais arriva un jour ou, rattrapé par la réalité, il fallut bien que le gouvernement reconnût cet accroissement grave du chômage. Les journaux firent alors état d'une certaine érosion du plein-emploi, reprenant les mots mêmes du porte-parole du gouvernement. On utilisait ainsi une circonlocution pour éviter de reconnaître clairement l'existence d'une situation économique particulièrement préoccupante. Cela aurait été mauvais pour la majorité gouvernementale de l'époque.

Aujourd'hui, lorsqu'une personne est gravement blessée et que sa vie se trouve en danger, les médias nous indiquent que le pronostic vital est engagé. Cette formulation est emblématique du manque de courage intellectuel qui nous caractérise désormais. En même temps, elle nous montre notre incapacité à formuler clairement notre pensée. Attardons-nous quelques instants sur cette expression très fréquemment utilisée.

Le pronostic vital est engagé : une telle expression qui signifie dans le langage courant qu'une personne est en danger de mort, ne peut qu'émaner d'esprits tortueux. Voyons tout d'abord le terme de pronostic : il signifie dans le cas présent diagnostic, il veut dire également prévision estimation ou jugement. Le pronostic peut donc être optimiste ou pessimiste. Il peut même être très pessimiste, gravement pessimiste. Dans le cas qui nous occupe pour l'instant, lorsque nous parlons de pronostic vital engagé, nous avons un diagnostic pessimiste.

Le second terme est l'adjectif vital. Le dictionnaire ne donne comme sens premier "essentiel à la vie d'un individu ou d'une collectivité". Ainsi, le coeur possède une fonction vitale pour l'être humain. Chacun comprend ici aisément le sens du terme vital. Une fonction est donc vitale dès lors qu'elle contribue à maintenir la vie. De même, nous avons coutume d'évoquer souvent l'idée de problème vital ou de question vitale. Nous disons ainsi que le traitement de la pollution de la nappe phréatique par les nitrates et autres pesticides est une question vitale pour l'environnement. Ici encore nous comprenons le sens du terme vital. Dans cet exemple, la question est qualifiée de vitale parce que de la réponse qui y sera apportée dépend la qualité future de l'environnement, donc d'une certaine manière de la survie du monde animal et végétal. Il existe ici un lien de causalité entre la question (ou le traitement qui y est apporté) posée et la qualité de l'environnement. Si le problème n'est pas traité, notre environnement et, par voie de conséquence, notre vie seront menacés.

Revenons maintenant au pronostic vital que nous évoquions à l'instant. Compte tenu de ce que nous venons de dire, parler de pronostic vital signifie que le diagnostic qui est donné sera déterminant pour la survie du blessé ou du malade. Une telle interprétation est à l'évidence totalement stupide. Le pronostic n'a aucun lien de causalité avec l'évolution de la maladie ou de la blessure. Ici, le pronostic est un simple constat. En revanche une décision médicale peut être vitale dans ses conséquences. Si un médecin décide de débrancher les appareils d'assistance respiratoire, il condamne à mort le malade artificiellement assisté. Une telle décision peut être qualifiée de vitale puisqu'elle entraîne la mort du patient. Lorsque le corps médical fait état d'un pronostic, il relate une situation de fait. Le pronostic n'a donc aucun effet quant à l'évolution de l'état de santé du malade. Dès lors ce pronostic n'a rien de vital. Comme nous l'avons dit plus haut, il peut être pessimiste, particulièrement pessimistes dans les cas les plus graves mais en aucun cas vital.

Le dernier terme de l'expression que nous abordons maintenant est le verbe engagé. Ce verbe possède plusieurs sens. Le sens premier est celui de mettre en gage ou de mettre en jeu : le gouvernement par exemple engage sa responsabilité devant le Parlement. Il peut vouloir signifier également introduire ou mettre. Par exemple : il engagea la clé dans la serrure. On dira également qu'une personne s'engage dans une rue. Engager peut également signifier lier : dans l'armée, on parle de contrats d'engagement. Il existe d'autres sens. Je vous renvoie pour cela un bon dictionnaire.

Dans le cas qui nous intéresse, parmi les sens possibles du verbe engager, celui qui nous paraît le mieux approprié est celui de mettre en jeu. Un individu qui joue à la roulette russe met sa vie en jeu. Cela veut dire par conséquent que lorsque nous parlons de pronostic engagé cela signifie que le corps médical met son pronostic en jeu. Or, ce n'est pas le pronostic qui est mis en jeu mais bien la vie du patient.

Nous voyons ainsi apparaître une signification tout à fait aberrante, qui consiste à dire que du pronostic que fait le médecin dépend la vie ou la mort du patient, lequel pronostic est, au demeurant, mis en jeu ce qui pourrait vouloir dire fait l'objet d'un pari. Cet exemple nous montre qu'à vouloir cacher la réalité, ou du moins ne pas la dire en termes trop brutaux, on finit par formuler des expressions absurdes, vides de toute signification réelle en bon français.


L'américanisation

Notre société subit, et, cela ne date pas d'aujourd'hui, une fascination quasi névrotique pour tout ce qui est américain, pour "l'american way of life". Je n'ai rien contre les Etats-Unis mais je m'oppose fermement à ce qu'ils produisent de pire. Or, le drame tient à ce que nous allons servilement chercher chez nos amis d'outre-atlantique ce que beaucoup d'Américains rejettent eux-mêmes. Il ne s'agit pas de faire de l'anti-américanisme primaire. Je sais que c'est devenu un réflexe chez beaucoup de Français lesquels, n'étant jamais à une contradiction près, ne sont pas pour autant troublés en portant jeans, casquette US, en fréquentant les Mac Do et autres chaînes de restauration du même tonneau et se vautrant devant leur récepteur de télévision pour suivre je ne sais quel série américaine au scénario (quand il y en un!) profondément débilitant.
On a même tenté de lancer le phénomène Halloween dans les années 90, mais, Dieu merci, la mayonnaise ne semble pas avoir pris. Dans un certain sens cela peut paraître rassurant car cela montre que nous sommes capables, si nous en manifestons la volonté, de nous opposer à cette destruction de l'identité française.




Bel exemple de titre d'article dans un magazine de la presse féminine. La presse masculine n'est pas en reste sur ce point.


Naguère encore, la tradition française voulait qu'on s'adressât aux gens en leur donnant du Monsieur ou Madame. Pour faire plus décontracté les organisateurs de jeux télévisuels ont introduit l'usage du prénom. Cela fait tellement plus intime! C'est un usage qui nous vient des Etats-Unis où l'emploi du prénom est pratiquement de règle dans les rapports entre les personnes. L'emploi du terme Sir relève d'un vocabulaire plus formaliste. Ainsi, Sir est le traitement réservé aux officiers de l'armée américaine, là où le français utilise les appellations de Mon Capitaine, Mon Colonel ou Mon Général.

Donc, comme nous sommes fascinés par ce qui nous vient des Etats Unis, nous importons leur vocabulaire, grâce, notamment à la complicité militante des journalistes. Mais hélas il n'y a pas qu'eux! Je me souviens avoir participé à titre professionnel, au début des années 90, à une réunion de haut niveau au siège de la SNCF. Il s'agissait d'une réunion de calage budgétaire entre le ministère de la défense et le transporteur ferroviaire. Le pilotage de cette séance de travail était assuré par un haut cadre de la SNCF, directeur de service, homme à la mise soignée et manifestement bien à sa place dans ce poste important. A la fin de la réunion, les participants décidèrent d'une seconde réunion indispensable pour arrêter les mesures définitives. Et comme nous cherchions en vain à trouver les uns et les autres une date commune qui puisse convenir à tous, notre haut représentant de la SNCF nous indiqua qu'il fallait impérativement nous fixer une "deadline", ce qui signifie en bon français une date limite ou une date butoir, au choix !



Tiré d'un hebdomadaire à grande diffusion, ce titre pour le moins...pas vraiment élégant!


L'intrusion de termes anglo-saxons a pris une démesure stupéfiante en même temps que le vocabulaire s'est singulièrement relâché à la télévision comme à la radio. Il suffit d'écouter les vieux enregistrements sonores datant du milieu du XXème siècle pour mesurer à quel point la vulgarité a progressé. D'un ton recherché et même parfois grandiloquent et pompier, nous sommes passés à un style qui est plus celui du comptoir de bistrot ou des salles de garde que du salon littéraire. Les Précieuses de Molière doivent en frémir dans leur tombeau!

Les médias parlent de coach et non plus d'entraîneur, de crash pour catastrophe aérienne, de people pour célébrités, de loser pour perdant, de fast food pour restauration rapide, de one man show, de marketing, de brain storming, de jogging etc. Je pourrais continuer la liste indéfiniment.

Il est très curieux, parfois, de noter l'emploi du franglais dans des domaines spécifiques, là où les spécialistes du genre utilisent des termes français. Le vocabulaire militaire en est un exemple éloquent. La presse parle de tank tandis que les militaires emploient toujours le mot char. Il en est de même pour battle dress au lieu de tenue de combat ou treillis et de drop zone pour zone de largage. De même, s'agissant de policiers, les reportages parlent d'officier. On entendra parler de l'officier Carpenter pour signifier en fait l'agent de police Carpenter. L'américain utilise l'expression de police officer pour désigner un agent de police ou un fonctionnaire de police pour reprendre l'appellation en usage dans la police nationale. Officier, en français a une tout autre signification, aussi bien dans la police que dans les armées.

Outre le snobisme très parisien, l'usage immodéré de l'anglais traduit une pauvreté intellectuelle et une paresse qui permettent de faire l'économie d'un effort de recherche pour trouver l'équivalent français. Il est vrai que parfois, nous n'avons pas de correspondant français. Rien n'empêche, cependant, d'en créer. Les Canadiens français très pointilleux sur ce sujet ont créé des mots français afin de bannir les termes américains. Magasinage tient lieu de shopping, mercatique de marketing. Les Québécois savent que la défense du français est vitale pour eux en raison du voisinage envahissant des Etats-Unis. Tout laisser-aller dans ce domaine se traduirait, à plus ou moins brève échéance par la mort du français supplanté par l'anglo-américain. Pour les défenseurs de la belle langue "françoise" je recommande au passage ce site remarquable :

http://www.oqlf.gouv.qc.ca/index.html

Il est celui de l'office québécois de la langue française.

Plus près de nous, les Italiens ont su mieux que nous résister à l'anglais notamment dans le vocabulaire sportif. Le calcio qui est universellement connu remplace le football. Le goal est rnvoyé dans ses buts au profit de portiere, le calcio di rigore vaut un penalty et le calcio d'angolo un corner. Il pallamàno est notre hand-ball, de même que pallacanèstro qui correspond à basket-ball et pallavolo à volley-ball. Une basketteuse devient una cestista (il cestino signifie la corbeille).


La langue italienne est restée relativement préservée par rapport au français

Le constat est en tous points préoccupant. Il est manifeste que parmi ceux dont la tâche est de promouvoir, directement ou indirectement, la langue française en raison de leur place dans la société, beaucoup trahissent cette mission. On me répondra que le rôle d'un journaliste n'est pas se substituer aux enseignants. Peut-être, mais alors il n'est pas non plus de se substituer aux magistrats pour conduire dans les affaires à sensation des enquêtes parallèles, le plus souvent orientées dès le départ, et avec des méthodes qui laissent peu de place à la stricte recherche de la vérité. Par destination, le journaliste est un touche-à-tout. Rien ne l'empêche donc de veiller au maintien et à l'enrichissement, par l'exemple de ses écrits ou de son langage, de la langue française dans sa richesse et sa noblesse. Mais il est vrai que le journaliste est plus prompt à dénoncer ce qui va mal chez les autres, surtout quand l'autre ne pense pas comme lui, qu' à regarder ce qui pèche chez lui. Eternelle parabole de la paille et de la poutre!

Pour défendre la langue française encore faut-il aimer la France mais c'est peut-être demander à notre prétendue élite quelque chose au dessus de ses forces. L'identité corse que je connais bien, puisqu'elle fait partie de mes racines familiales maternelles, laquelle ne doit pas être confondue avec le nationalisme corse derrière lequel se cachent des objectifs souvent peu glorieux, est fièrement revendiquée par les Corses à juste titre. La langue corse ne laisse que peu de place au français, et quand elle le fait, elle corsise le mot d'origine française. Le maire devient u merre ou u merru, le gendarme u ghjendarmu, la gare (ferroviaire) a gara (l'italien emploie stazione tandis que gara signifie compétition). A l'inverse le Corse déborde sur le français quand on va "spuntiner", autrement dit manger un casse-croûte (u spuntinu).

Et puisque nous parlons de la Corse, je voudrais en guise de conclusion vous laisser méditer sur la remarquable maîtrise de la pensée de nos ancêtres, tant sur le fond que sur la forme, à travers une courte lettre de l'empereur Napoléon Ier adressée au préfet du Var.

Monsieur le Préfet,

J'apprends que divers incendies ont éclaté dans les forêts du Département dont je vous ai confié l'administration.

Je vous ordonne de faire fusiller sur le lieu de leur forfait les individus convaincus de les avoir allumés.

Au surplus, s'ils se renouvelaient je veillerai à vous trouver un remplaçant.

Fait à Schoenbrunn le 21 Août 1802

Napoléon Empereur

Lettre de Napoléon Ier au préfet du Var



Cette lettre est une merveille de concision et de précision. Il n'y a pas un mot de trop, pas une phrase inutile. Tout est dit en trois phrases:

- j'apprends
- je vous ordonne
- je veillerai

Point n'est besoin d'être préfet pour saisir le sens de cette correspondance, mais gageons que le dit préfet du Var savait parfaitement à quoi s'attendre en cas de récidive.

Que nous sommes loin aujourd'hui ce cette précision de et de cette concision de la pensée!

Je serais curieux de connaître les directives données aujourd'hui aux préfets dans ce domaine comme dans bien d'autres. Elles doivent faire l'objet de notes d'au moins trois pages, que l'on est obligé de lire et relire pour être bien certain de ne pas être passé à côté de l'essentiel, tant nous baignons dans la logorrhée administrative.

Pour avoir exploité personnellement jusqu'en 2004, année où j'ai quitté le service actif, bon nombre d'instructions, de circulaires et autres notes ministérielles, je puis affirmer que les documents pondus par nos brillants énarques ou autres hauts fonctionnaires sont loin d'être des modèles de limpidité.

mercredi 3 octobre 2007

Saint Bruno

Saint Bruno fondateur de l'Ordre des Chartreux




Le 6 octobre l’Eglise fête saint Bruno, fondateur de l’ordre des Chartreux. Si on entend par fondateur, la volonté de créer un nouvel ordre religieux comme on créerait une nouvelle entreprise industrielle ou commerciale, le terme est alors faux car jamais saint Bruno ne manifesta le désir de mettre sur pied un nouvel ordre monastique. Son seul désir fut de vivre intensément la vie contemplative en partageant avec d’autres cette soif de Dieu. Si Bruno fonda l’ordre des Chartreux, il ne le fit pas exprès. En revanche, si l’on voit en lui l’homme qui révéla une nouvelle forme de vie contemplative, oui alors on peut affirmer que saint Bruno est bien le père fondateur, aimé de tous les Chartreux.

Deux faits dans l’histoire multiséculaire de l’Ordo cartusiensis nous montrent que Bruno ne recherchait aucunement à créer un nouvel ordre monastique. Son désir le plus ardent était de vivre la solitude pour mieux s’unir à Dieu.

Deux fondations qui n’eurent pas de liens juridiques entre elles
Peu après s’être établi avec ses compagnons au désert de Chartreuse, Bruno fut appelé par le pape Urbain II à Rome. Il quitta la Grande Chartreuse la mort dans l’âme mais l’obéissance à l’Eglise surpassait sa propre volonté. Néanmoins, peu porté à vivre la vie curiale à Rome, il obtint du souverain pontife de pouvoir se retirer pour vivre à nouveau la vie érémitique. Pourquoi ne retourna-t-il pas auprès de ses frères de Chartreuse alors que les rares écrits que nous avons de lui laissent clairement entendre que son désir le plus cher était de revenir dans les montagnes de Chartreuse ? Aujourd’hui encore, nous ne le savons pas. Il se retira en Calabre dans un nouvel ermitage avec des frères désireux de partager avec lui la même vie de solitude contemplative. Il entretint des relations épistolaires avec ses anciens compagnons sans chercher à établir un quelconque lien hiérarchique entre la chartreuse de Calabre et celle de France. Il devait y finir ses jours et rendit son âme au Père céleste le dimanche 6 octobre 1101. Si Bruno avait été tenté par la volonté de créer un ordre, il n’eût point manqué dans un premier temps de créer un lien canonique entre les deux chartreuses.

Bruno n’a laissé aucune règle de vie
Bruno mourut sans avoir laissé la moindre directive écrite organisant la vie des moines. Il fallut attendre le priorat de Dom Guigues, quatrième successeur de Bruno, pour que soient enfin codifiées les règles de la vie cartusienne. Encore ne le fit-il qu’à la demande pressante et clairvoyante d’Hugues, évêque de Grenoble, qui, voyant la multiplication rapide des monastères qui se réclamaient de la spiritualité cartusienne, estimait nécessaire de fixer par écrit les règles du nouvel ordre avant que ne disparaissent les premiers compagnons de Chartreuse. Guigues, homme d’une haute spiritualité, ne se sentait pas pour autant habilité à légiférer alors que le père fondateur ne l’avait point fait. Il n’en demeura pas moins que, par obéissance, il rédigea les règles cartusiennes mais prit le soin de les regrouper dans un manuscrit intitulé Consuetudines Cartusiae (Coutumes de Chartreuse) montrant ainsi qu’il se limitait à transcrire les usages en cours depuis la fondation de la Grande Chartreuse.

C’est en 1084 que Bruno arriva avec six compagnons à Grenoble. Il fut accueilli par Hugues, l’évêque du lieu qui les conduisit au désert de Chartreuse où ils s’installèrent légèrement en amont du lieu où se trouve aujourd’hui le monastère de la Grande Chartreuse. Commença aussitôt la vie érémitique des sept religieux.





Le monastère de la Grande Chartreuse dans le département de l'Isère


Avant de poursuivre, arrêtons-nous un instant sur la vie de Bruno. En fait, nous savons peu de choses sur lui. Ce qu peut être tenu pour certain c’est sa naissance à Cologne vers 1030 dans une famille noble ou pour le moins aisée. Il révéla très vite des dons intellectuels exceptionnels qui lui valurent d’être envoyé à Reims dans la célèbre école cathédrale, pour y parfaire sa formation. Il restera 30 ans dans la ville champenoise.

Là, il confirme ses capacités intellectuelles malgré sa jeunesse qui lui vaut de ses maîtres, les chanoines de Reims, le qualificatif de tenerum alumnum, tendre élève au sens de jeune élève comme lorsque l’on parle de l’âge tendre.

La biographie de Bruno reste silencieuse sur son activité, une fois les études achevées. Il est vraisemblable qu’il demeura à Reims. Il fallait qu’il soit bien connu pour pouvoir être promu chanoine de la cathédrale puis recevoir en 1056 la charge de "Summus didascalus", c'est-à-dire professeur éminent. Ce titre était mérité puisqu'il se fit remarquer pour la qualité de son enseignement. Il eut parmi ses élèves le futur abbé de Cluny Odon ou Eudes de Châtillon qui sera élu pape en 1088, ce qui aura des répercussions sur sa vie par la suite.

Mais tandis qu'il enseignait, mûrissait à Reims cet appel au désert. Bruno évoque ce temps dans une lettre qu'il adressa bien plus tard à Raoul Le Verd, un de ses amis:

"Ton affection se souvient de ce jour où nous nous trouvions ensemble, toi, Foulcoie le Borgne et moi, dans le petit jardin attenant à la maison d'Adam où j'étais alors reçu. Nous avons parlé pendant quelques temps, je crois, des faux attraits et des richesses périssables de ce monde et des joies de la gloire éternelle. Alors, brûlant d'amour divin, nous avons promis, fait vœu, décidé de quitter prochainement les ombres fugitives du siècle pour nous mettre en quête des biens éternels et recevoir l'habit monastique."

Bruno franchira le pas en 1084. Il quitte Reims, mais aussi tous les biens dont il était pourvu comme chanoine de la cathédrale. Une fois installé au désert de Chartreuse, Bruno va organiser la vie érémitique avec ses six compagnons, quatre clercs, dont Landuin de Toscane qui lui succédera comme prieur de la Grande Chartreuse, et deux convers. Bruno ne pensait probablement pas que son passé allait le rattraper rapidement. Nous avons vu plus haut qu' Eudes de Châtillon fut un des élèves de Bruno du temps où ce dernier enseignait. Elu pape sous le nom d'Urbain II, il se souvint de son ancien maître et de sa haute spiritualité et, soucieux de s'entourer de conseillers de valeur, il fit appel à lui. Bruno en fils obéissant de l'Eglise se soumit à la volonté du souverain pontife. Découragés, les compagnons de Bruno, sentant qu'ils se retrouveraient seuls sans celui qui les guidait avec amour paternel, décidèrent de quitter la Chartreuse. Tout fut organisé en conséquence. Il s'en fallut de peu que la vie cartusienne ne cessât définitivement. On avait même cédé, en prévision du départ, les terres de Chartreuse à l'abbaye de la Chaise-Dieu! Or, brutal revirement des compagnons de Bruno! Contre toute attente, ces derniers décident de poursuivre l'expérience de la vie érémitique. Il y a là, manifestement, l'intervention de la divine Providence qui poussa Landuin et ses compagnons à revenir sur leur décision. Mais cela n'alla pas sans poser quelques problèmes juridiques. Il fallait reprendre les terres hâtivement cédées aux moines de la Chaise-Dieu. Bruno fit intervenir le pape Urbain II pour faciliter et activer la rétrocession des terres. La lettre du souverain pontife est d'importance car au delà d'une simple affaire de transfert de propriété l'intervention pontificale constituait une reconnaissance implicite de la vie cartusienne, telle que l'avait organisée Bruno de Cologne.

On peut considérer que ce document marque la naissance officielle de la Grande Chartreuse et par là même celle de l'Ordre cartusien.



Vue en coupe d'un ermitage


Certains pourront considérer comme paradoxal de parler de vie érémitique quand des religieux sont organisés en communauté. Oui, effectivement, il y a là un paradoxe, mais un paradoxe habile et très sage en même temps. L'Eglise a toujours regardé avec beaucoup de prudence la vie érémitique tant elle est semée d'embûches. L'originalité de la vie cartusienne, et cela on le doit à saint Bruno, est d'avoir amalgamé la vie cénobitique (vie en communauté) à la vie anachorétique (vie solitaire). La vie cartusienne est faite d'un savant dosage entre ces deux modes de vie contemplative. La solitude est préservée par la vie en ermitage. La cellule du père chartreux est en fait un petit pavillon avec un jardin clos. Il y passe le plus clair de son temps: offices, oraisons, méditations, repas, étude et travail manuel. Mais cette vie solitaire est tempérée par les temps forts de la journée du moine que sont la messe conventuelle, l'office de Vêpres et le grand office de la nuit pour lesquels la communauté se rassemble à l'église.



L'office de la nuit est récité dans la pénombre, l'antiphonaire éclairé par une petite lampe, ce qui permet de garder la tonalité nocturne propice à la grande prière de la nuit.


Les Pères Chartreux se retrouvent aussi lors des chapitres, moment très important de la vie monastique qui permet au supérieur de conforter ses frères dans la vie religieuse. Le dimanche et jours de fête de l'Eglise, le déjeuner est pris en commun au réfectoire. La journée du lundi, sauf cas particulier, est consacrée à la sortie pédestre hebdomadaire, traditionnellement appelée spaciement chez les Chartreux, dans la montagne environnante.

La vie cartusienne dans son économie générale est semblable à la vie monastique des autres ordres contemplatifs. On y retrouve l'office divin avec, cependant, une particularité pour l'office de la nuit qui scinde la nuit en deux temps de sommeil. Le moine se lève vers 23 heures pour rejoindre ses frères à l'église. Cet office, que les Pères aiment tout particulièrement pour sa beauté et son dépouillement, regroupe Matines et Laudes entièrement chantées. Il s'achève vers 3 heures du matin. Après avoir récité en cellule les Laudes de la Saint Vierge, le moine se recouche pour se lever vers 7 heures du matin afin de réciter l'office de Prime en cellule. Ainsi, la nuit du Père Chartreux est coupée en deux, ce qui est une mortification voulue.



Le repas pris en commun au réfectoire les dimanches et jours de fête se déroule en silence pendant qu'un Père lit un texte de portée édifiante.



Existe-t-il une spiritualité cartusienne comme on pourrait parler de la spiritualité franciscaine, carmélitaine ou ignacienne? A vrai dire non pour deux raisons principales. Tout d'abord la vie érémitique est peu propice à faire passer un "esprit" propre. Tout au plus oblige-t-elle à une très forte vie intérieure et donc à rechercher le plus possible le détachement par rapport aux biens terrestres et aux affects humains (ce qui n'exclut pas la charité). Mais n'est ce pas là le propre de tout ordre contemplatif? La deuxième raison tient à saint Bruno lui-même. Il n'a pas laissé d'écrits sur la vie cartusienne de nature à orienter ses frères vers une certaine forme de spiritualité.




La prière solitaire du moine en cellule occupe une grande partie de son activité


Comment alors définir l'esprit cartusien? La meilleure réponse nous vient d'un Père Chartreux, mort en 1987, dans un livre qui rassemble les sermons qu'il prononça du temps où il exerçait la charge de Vicaire à la Chartreuse de la Valsainte:

"Notre Père saint Bruno nous a donné un exemple singulier de cette délicatesse que l'effacement de soi ne peut manquer de provoquer chez les âmes fidèles à la lumière. Fondateur d'un grand ordre monastique, et doué d'une personnalité qui semble avoir eu une puissance d'attraction et de séduction extraordinaires, il ne nous a pas, cependant, imposé de spiritualité qui puisse porter son nom et corresponde dans l'histoire, à l'école franciscaine, par exemple, ou carmélitaine ou ignacienne. Il savait que les solitaires ont besoin d'une grande liberté intérieure, qu'il leur faut, pour posséder Dieu à la mesure de leur soif, le trouver au-delà de tous les noms et de toutes les formules. Mais il est clair qu'il nous demande par le précepte (Règle) et l'exemple, des sacrifices proportionnés à ce haut privilège, c'est-à-dire l'exacte observance d'un effacement quotidien de nous mêmes, devant ce que requièrent les coutumes cartusiennes d'une part, et le support, la compréhension mutuelle, le pardon d'autre part, dont notre vie demi-cénobitique ne laisse pas de nous fournir en tout temps l'occasion."

"Soyons bien attentifs à garder ce bel héritage de notre Père saint Bruno et que lui-même nous obtienne, avec les grâces dont il a commencé de nous combler une généreuse correspondance à ces mêmes dons célestes, afin que nous en possédions un jour avec lui, dans une communion parfaite, l'éternelle plénitude."

En la fête de Saint Bruno 1945



La Grande Chartreuse et le grand cloître