dimanche 16 septembre 2007

La trilogie républicaine (II) V.1



L'égalité


Nous abordons aujourd’hui le second volet du triptyque républicain : Liberté, Egalité, Fraternité.

Nous avions vu dans la première partie que le concept de liberté peut être séduisant car personne ne s’oppose vraiment à la liberté. Nous concevons parfaitement que l’homme soit et doit être libre au sens où il doit disposer de la liberté de ses actes, de ses choix par opposition à l’esclave qui est entièrement soumis à son maître et qui ne possède pas de personnalité propre.

Nous avons également vu que le triptyque joue avec les mots avec duplicité. La liberté des révolutionnaires de 1789 n’est sûrement pas celle que comprend généralement l’opinion publique, peu ou mal informée.

Il en va de même pour le concept d’égalité.

Je ferai tout d’abord deux remarques liminaires :

- Liberté et égalité s’excluent mutuellement car la liberté suppose d’agir en fonction de ses capacités. Or celles-ci varient d’un individu à un autre. Je suis désolé de devoir contredire les tenants de la pédagogie post soixante-huitarde mais nous n’avons pas tous le même quotient intellectuel et cela ne provient pas nécessairement du milieu familial. Des enfants issus de milieux peu cultivés ont pu réussir dans leur parcours scolaire alors qu’ils partaient avec un handicap lourd par rapport à leurs camarades nés dans des familles bourgeoises favorisées. A contrario, dans une famille cultivée de bon rang social les enfants de la fratrie n’auront pas tous la même capacité intellectuelle. Nous touchons ici à l’éternel débat entre l’inné et l’acquis mais une chose est certaine le quotient intellectuel des individus pose dès le départ une certaine inégalité de fait. Il en résulte le dilemme suivant : où je privilégie la liberté et je dispose de ma liberté d’action mais mes capacités supérieures me conduiront à dépasser les autres, ou a contraire je privilégie l’égalité et mon action sera nécessairement limitée. C’est d’ailleurs ce qui se produit dans l’enseignement scolaire ou l’égalitarisme imbécile et le refus de tout élitisme conduit à un dramatique abaissement du niveau général. Quel point commun entre le baccalauréat des années 50 et celui de nos jours, où par pure démagogie le pouvoir politique a arbitrairement décidé d’un taux de réussite de 80 %. Pourquoi y aurait-il dans la logique égalitaire 20 % de laissés pour compte ? Il y a là une incohérence, mais la politique aujourd’hui ne se préoccupe guère de cohérence quand le but est de plaire au plus grand nombre, élections obligent !

- Le second point se fonde sur un jeu de mots à partir du latin. Egalité vient de aequalitas. Equilibre se dit aequilibrium et cheval equus (équitation en français). Le latin utilise le terme equitabilis pour signifier ce qui est favorable aux chevauchées de la cavalerie. On ne peut qu’être troublé par la similitude de racine entre ces différents termes. Sans pouvoir l’affirmer avec certitude on peut supposer que ces mots proviennent d’une même racine aequ ou equ. Mais quel rapport me direz-vous entre un cheval et l’égalité républicaine ? Ceux qui pratiquent l’équitation, c'est-à-dire l’art de monter à cheval savent pertinemment que le sens de l’équilibre est important dans cette discipline si l’on ne veut pas tomber de sa selle toutes les dix minutes. Or l’équilibre c’est aussi l’égalité. Si je place sur les plateaux d’une balance deux objets et que ma balance affiche un parfait équilibre, je peux alors affirmer que les deux objets ont le même poids. En mathématiques quand deux valeurs sont identiques on dit qu’elles sont égales. Notons en passant que les objets que j’ai placés dans ma balance peuvent être deux objets différents, ceci est important car égalité ne signifie pas nécessairement identité.


Equitation, équitable, deux termes apparemment sans rapport sauf si l'on sait que tenir sur un cheval en toutes circonstances exige un grand sens de l'équilibre. Ici exercice de charge par les cavaliers de la garde républicaine.



Egalité et justice

L’idéologie républicaine précisément confond deux notions totalement différentes celle d’égalité et celle de justice. Cette confusion est d’ailleurs volontairement entretenue au nom de la duplicité sémantique qui permet de tromper tout le monde. En fait elle prône l’égalité là où il devrait y avoir justice. Nous retrouvons ici l’idée d’équilibre. La balance n’est-elle pas le symbole de la justice ?






Représentation de la déesse grecque Thémis. Symbole de la justice elle arbore le glaive et la balance.


Cette duplicité apparaît dès le début de la révolution.

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) pose dès l’article premier le principe de l’égalité des hommes dès leur naissance.

Article premier - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Cette égalité de droits est avant tout une égalité de droit. Or la DDHC précise aussitôt comme pour nuancer ce principe que les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Le terme bien commun aurait été plus approprié mais sa connotation thomiste donc catholique le disqualifiait aux yeux des membres de l’assemblée constituante.

Or il faut croire que les pères de la déclaration en rédigeant cet article premier ne visaient que les hommes au sens de vir latin (masculin) et non pas au sens homo (espèce humaine sans distinction de sexe). Lorsque les femmes demandèrent la qualité de citoyenne, la Convention les envoya proprement promener. Comme belle atteinte à la justice on ne pouvait faire mieux !

Quand la femme demande qu’elle soit, à activité professionnelle identique, rétribuée à égalité avec les hommes, il s’agit de justice. On ne voit pas pourquoi les femmes auraient un salaire de 30 % inférieur à celui des hommes.

Le drame c’est que le concept d’égalité a cheminé dans les esprits en faisant au passage de lourds dégâts. La où la justice devrait seule prévaloir, on réclame aujourd’hui l’identité parfaite et cela va beaucoup plus loin qu’on ne le pense car la nature même de l’être humain est remise en cause. Rappelons-nous l’image que j’évoquais plus haut, à savoir que deux objets peuvent avoir le même poids sans être pour autant identiques. Qu’y a t-il de commun entre une pomme de 200 grammes et un livre de même poids si ce n’est leur poids précisément ?

Les conséquences calamiteuses

L’égalité mal comprise vient se télescoper avec les effets pervers du système démocratique poussé à l’extrême qui conduit à satisfaire les revendications les plus folles parce qu’il va de la survie politique de l’élu, d’un parti et que cette survie est subordonnée au choix des urnes.

Baccalauréat pour 80 % des élèves, ce qui est, au demeurant, injuste pour les 20 % restants ! A quand les 100 % ?

Refus de la sélection en université. La réforme promise dans ce domaine par le candidat Sarkozy se transforme en mesurette dérisoire par le président Sarkozy, syndicats obligent, moyennant quoi le niveau de nos facultés continuera à s’effondrer et les têtes s’expatrieront à l’étranger pour décrocher les diplômes d’universités prestigieuses. Pendant ce temps nous continueront à produire à la pelle des diplômés en sociologie, en psychologie dont on a que faire tant les débouchés sont fermés, et qui iront alimenter les lourds bataillons de chômeurs de longue durée avant d’accepter, faute de mieux, un emploi sous qualifié.

Parité forcenée dans le monde politique, ce qui conduit les partis politiques à inscrire sur les listes électorales des femmes pas toujours volontaires afin de ne pas être pénalisés. Le critère de sélection des candidats n’est plus la compétence mais le sexe. Beaucoup d’hommes politiques, loin d’être misogynes, s’en plaignent en privé.

Refus de l’élitisme qui est hautement discriminatoire, ce qui conduit à tirer la société vers le bas, ce que l’on appelle communément le nivellement par le bas.

Négation forcenée de la différentiation sexuelle homme – femme. Je vous invite à lire à ce sujet le livre d’Elisabeth Badinter X Y ou l’identité masculine (Il existe dans la collection des livres de poche). Paru en 1992, il annonçait un courant de pensée qui se manifeste de plus en plus selon lequel l’homme et la femme sont identiques et que les critères physiques sont en fait des apparences trompeuses. La véritable identité masculine aurait été falsifiée par la société et ses modes d’éducation. La virilité en tant que critères de masculinité (force, courage, combativité, domination de soi) n’est en fait qu’un acquis culturel, tandis que l’homme vrai ne se distinguerait pas de la femme dont il est issu après les neuf mois de gestation utérine. Cette communauté de vie dans le sein de la mère alliée à la communauté charnelle de la mère allaitant son fils feraient que l’homme est une femme qui s’ignore. Je schématise mais à peine.

Après avoir rappelé que les femmes ont compris ( ?) l’essence de la véritable identité de l’être humain, Elisabeth Badinter, en guise de conclusion, écrit ceci :

« Contrairement à la vielle histoire de la damnation d’Eve, Dieu s’est fait son complice. Non seulement il a enlevé le pouvoir procréateur à Adam pour le donner à sa compagne, mais du même coup, il a accordé aux femmes le privilège de naître d’un ventre du même sexe. Il leur a ainsi épargné tout un travail de différenciation et d’opposition qui marque de façon indélébile le destin masculin. Le père/mère peut atténuer les douleurs de la séparation et faciliter l’acquisition de l’identité masculine, il ne pourra jamais annuler les effets de la fusion originelle ».


Une fois achevée la lecture du livre de madame Badinter, l'homme masculin ne sait plus du tout s'il est homme ou femme. Par contre la femme demeure tout au long de la démonstration parfaitement femme même s'il s'agit d'une virago de la pire espèce.

Je reviendrai ultérieurement sur ce livre très symptomatique de la pensée moderne qui se complaît à brouiller tous les repères.
Je n’insisterai pas sur le travestissement grossier de la Genèse. La procréation (pour l’instant encore) se fait toujours à deux que je sache ! La damnation d’Eve est une nouveauté théologique. Adam et Eve furent chassés de l’Eden, encore que Dieu prit soin de les revêtir de tuniques de peau, montrant ainsi que si la sanction divine doit s’appliquer, le Père des cieux n’en n’est pas moins Père très aimant (Deus caritas est) et plein d’attention pour sa création.

Refermons cette parenthèse sur cette lecture de la Bible dont je laisse volontiers la paternité…pardon, la maternité à Elisabeth Badinter. Nous voyons se conjuguer dans la négation de la dualité homme – femme l’application du principe d’égalité qui va jusqu’à nier le réel. A cet égard nous baignons une fois de plus dans la philosophie idéaliste. Ne nous en étonnons pas. La révolution est née des « Lumières » et notre société reconstruit l’homme au gré de ses passions et de ses pulsions au mépris de l’ordre naturel voulu par le Créateur. Au moins, nous savons à quoi nous attendre et nous ne serons pas surpris des résultats nés d’une pensée totalement déconnectée du réel. Prions le Ciel que le prix à en payer ne soit pas trop lourd !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
je suis une élève de 4ème au Lycée français de Washington D.C. et je tente en vain depuis trois jours d'achever un devoir d'Education Civique. Je suis tombée par hasard sur votre blog et j'ai pensé que peut-être vous accepteriez de m'aider! Voici mes questions:

Quels sont les symboles de la justice avant 1789 (je n'ai trouvé que ceux d'après 1789 et 1870)? Que peut on conclure à propos de l'évolution de la justice?

Si cela vous amuse de m'aider, je vous en serait très reconnaissante.

elsa molinard a dit…

Bonjour,
je suis une élève de 4ème au Lycée français de Washington D.C. et je tente en vain depuis trois jours d'achever un devoir d'Education Civique. Je suis tombée par hasard sur votre blog et j'ai pensé que peut-être vous accepteriez de m'aider! Voici mes questions:

Quels sont les symboles de la justice avant 1789 (je n'ai trouvé que ceux d'après 1789 et 1870)? Que peut on conclure à propos de l'évolution de la justice?

Si cela vous amuse de m'aider, je vous en serait très reconnaissante.